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24/11/2014

Adaptation

Ce matin l'ancien marché a brûlé.  Des mauvaises langues disent que ce n'est pas un hasard.  Le terrain n'est non loin de Riverside, la promenade des touristes, et y construire un immeuble sera certainement rentable.  Mais comment déloger 200 personnes qui y travaillent sans être le méchant?  Peut-être avec un petit feu... Ni vu ni connu, on est même généreux on prenant soin de reloger les commerçants dans des endroits plus sûrs.  Bienvenu au Cambodge!


cambodge,humanitaireCe matin nous avons battu le record pour nous rendre à l'orphelinat : une heure à la place des 30 à 40 minutes habituelles!  A même pas un kilomètre du but, au dernier carrefour, rien n'allait plus.  Des voitures bloquées sur deux voies plus la moitié de la voie opposée, des camions, de tuktus, et s'enfilant partout autour des motos.  Un spectacle riche en couleurs et en monoxydes de carbone. 

Arrivées enfin à l'orphelinat c'est un défilé d'embrassades et de témoignages d'amitié de la part des mamans et de quelques enfants qui me reconnaissent : des signes de mains, des "hello, sua sday, sok sabay".  Les plus grands me réclament des ballons gonflables et savent très bien où les chercher.  Plusieurs mamans me font remarquer avec des gestes explicites que mes joues se sont bien arrondies depuis la dernière fois.  Et oui, ici on se dit toutes ces choses que nous taisons en Europe tout en les pensant très fort.

Et puis ce sont des retrouvailles inattendues avec deux mamans qui avaient disparues il y a un et deux ans respectivement.  Channy travaille maintenant en bas chez les grands et Nareth s'est fait embaucher chez HappyTree, une ONG qui occupe également quelques pièces dans l'orphelinat.  Les femmes y sont mieux payées que chez nous, et c'est évidemment un attrait non négligeable.

cambodge,humanitaireL'emplacement de mon groupe de jeu a changé.  Ils ont déménage dans un espace plus grand, au bout du corridor.  Je cherche mes petits et trouve pleins de nouveaux visages.  Mais il sont bien là : Somnang, qui me reconnaît à ma grande joie et me fait des beaux sourires, Srey Ha, dans un piteux état avec des plaies ouvertes sur la tête, des jambes et des bras, Samkhan et Ravi qui ont beaucoup grandi depuis l'année dernière, Sleepy Bo, pareil à lui-même, Sambo, toujours souriante, Srey Thum avec sa tumeur dans la joue, Sok Nia qui s'est merveilleusement développée, Sara avec son œil crevé.  Il m'en manque un.  Je le cherche du regard et ne le trouve pas. Où est Chak-Chan, le petit "singe"?  Avec un geste de la main qui monte vers le ciel on me fait comprendre qu'il est mort.  Je demande depuis quand.  "Loooong time ago."  Personne m'en avait averti.  J'accuse le coup. 

Qu'elle est la meilleure façon de digérer tous ces changements?  On prend un enfant et on part faire le tour de la terrasse.  Comme ça on est occupé tout en permettant aux choses de se poser.  A chaque retour c'est comme ça : des changements qui demandent de l'adaptation.  Je ressens une lassitude devant la perte continuelle de mes petits protégés et devant  la nécessité de créer de nouveaux liens avec d'autres enfants qui eux aussi vont mourir un jour.  Mais ne devons-nous pas tous mourir un jour?  Alors...

Srey Peuv m'appèlle pour me demander si on a déjà salué la nouvelle directrice.   Je comprends que j'ai fait un faux-pas.  Alors on descend vite en faisant semblant d'être juste arrivées, question de garder la face.  A ma grande surprise l'ancienne directrice est également là.  Peut-être qu'elle s'ennuie à la retraite car elle reste jusqu'à tard dans l'après-midi. 

Une après l'autre les femmes viennent me voir pour me demander des nouvelles de Juana et me dire qu'elle leur manque.  Juana était ma coordonnatrice à l'orphelinat.  Ancienne religieuse, elle a voulu rejoindre un ordre et est partis depuis le début de l'année.  A moi aussi elle me manque terriblement, sa bienveillance et ses informations sur les enfants.  Il est trop tôt pour dire si l'orphelinat a pu garder son esprit maintenant qu'elle n'est plus là.  En tout cas je ressens son absence. 

Puis la vie nous entraîne dans son courant et chasse les pensées néfastes.  Il faut changer des couches, chanter, donner à manger, jouer...  Chaque sourire ainsi recueilli est un cadeau que nous recevons avec bonheur, plus délicate et précieux que le plus cher des bijoux.

Commentaires

Merci pour ces nouvelles je te s'en triste c'est vrai que ces petits très malades non pas une grande esperence de vie mais tu leurs apportais tellement de joie!!!!!je te souhaite un très bon séjour et bon courage pour tes projets je t'annonce une nouvelle Ulysse est parti au royaume des chats lundi24novembre a16h bise béate

Écrit par : Sirvin | 29/11/2014

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