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07/12/2014

Mission dans la province de Takéo

P1000703.JPGAujourd'hui nous sommes partis avec une équipe médicale et des représentants de l'association Sourire Angkor Kwao dans la commune de Kwao, à 60 km au sud de Phnom Penh sur la route de Kep.  Une fois par mois les médecins se rendent au village pour une visite médicale gratuite tandis que les membres de l'association vont rendre visite à leurs protégés pour vérifier l'état des choses.


Nous sommes douze personnes dans le minibus : le docteur Michel Sebban et sa femme Pascale, responsable de la distribution des médicaments, le docteur Anne-Sophe Valleteau, fraîchement arrivée de la France, une assistante du cabinet médical et deux étudiants de médecine en 7e année.  Pour les représentants de l'association il y Marie-Jo et Pascal Labbé.  Restent encore le chauffeur, Dominique, Marie et moi.  Avec autant de Français à bord quoi de plus normal que de discuter nourriture?  Dominique a préparé des rillettes, de la tête de bœuf et du jambon à l'os pour le déjeuner et tout le monde se lèche déjà les babines.

Sur la route de Kep nous constatons à nouveau le nombre grandissant de fabriques qui poussent comme des champignons.  "Exploitation" diront les uns qui pensent aux conditions de travail. "Une meilleure qualité de vie générale" répliquent les autres.  Pascal a vu son village faire un bond en avant depuis que les jeunes filles vont travailler en usine.  De 20 $ mensuel le budget d'une famille est monté à plus de 200 $, les maisons ont pu être raccordées à l'électricité, le niveau de santé générale a augmenté.

P1000682.JPGQuand nous arrivons finalement au village les premiers patients attendent déjà.  Il s'agit surtout d'enfants, mais un peu plus tard arrivent également quelques mamies toutes burinées par le travail dans les rizières.  Les deux futurs médecins commencent leurs consultations et Michel les supervise de loin.  Ils ont été bien formés par lui et respectent le protocole mis en place pour l'examen clinique.  Michel nous explique que leur objectif est une médecine de première ligne, c'est-à-dire un mélange entre dépistage pour les enfants et de bobologie pour les anciens.  L'équipe médicale tient des fiches sur chaque patient ce qui permet par exemple de détecter des cas de tuberculose.  Un des plus grands problèmes auxquels ils font face est la croyance qu'il faut des antibiotiques pour un traitement efficace.  Cela vous parle???  Si le médecin ne leur prescrit pas d'antibiotique ils vont le chercher ailleurs.  Alors les médecins font un effort répété pour expliquer à chaque patient quand l'usage d'antibiotiques est adapté et quand il ne l'est pas.

Pendant que l'équipe médicale fait son travail, nous montons derrière nos conducteurs de motos et suivent Pascal Labbé pour le tour de quelques uns de ses protégés.  Son association existe depuis 2001.  Pour la modique somme de 15 euros on peut parrainer un enfant ce qui permettra de financer sa scolarité, mais aussi une distribution de riz pour la famille pendant les mois les plus difficiles.  Pascal tient un registre rigoureux de chaque famille, documenté par des photos. 

P1000635.JPGNous commençons notre visite par une maison en feuilles de palmier en piteux état.  Il y a pas mal de trous dans le toit.  Les pluies de la nuit dernière y sont certainement pour quelque chose.  Un petit espace pour dormir et un feu par terre.  Voici toute leur propriété.  La mère de la  jeune femme habite juste à côté dans une meilleure maison, mais Pascal nous explique qu'ici les enfants n'habitent pas avec leurs parents.

La femme a trouvé une place dans une entreprise proche de Phnom Penh.  Son jeune mari au dos voûté par le travail entretient la rizière ou garde les enfants quand il n'y a rien d'autre à faire.  Pascal leur promet de construire une nouvelle maison pendant la saison sèche.  Par contre la maison appartiendra à l'association.  Donc, si la famille décidait de partir un jour la maison pourra être occupée par une autre famille.

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Nous poursuivons notre périple à travers les rizières qui ont également souffert par les grosses pluies, inhabituelles pour cette saison.  Partout on voit des paysans au travail en train moissonner.   Ils coupent le riz et déposent les tiges par gerbes au bord du champs.  Au loin nous entendons la musique languissantes d'un mariage.  Une petite brise très agréable fait chanter les tiges dans les rizières. 

Est-ce que Pol Pot avait cette vision nostalgique et idéalisée quand il élaborait son plan diabolique dans sa chambre d'étudiant à Paris?  Réduire tout un pays à l'état de paysans, le "vrai peuple". 

Pour nous touristes ces images sont magnifiques et paisibles, mais en visitant ces maisons et leurs habitants nous nous rendons bien compte que la vie ici est loin d'être paradisiaque.

P1000649.JPGNous visitons une femme dans la cinquantaine, mère d'une prostituée qui lui laisse ses quatre enfants à élever.  Le premier vit dans un monastère, le deuxième travaille depuis peu.  Reste alors que les deux derniers à élever.  L'association prend en charge la scolarisation de la fille. 

Les indicateurs de bien-être sont l'état général d'une maison et son éventuel équipement ainsi que la présence d'animaux domestiques.  Si la famille ne possède même pas un chien (utile à chasser les esprits), c'est qu'elle est vraiment pauvre.

Cette famille possède au moins une vache et devant la maison se trouve un puits qui donne de l'eau même pendant la saison sèche.  

P1000660.JPGLa prochaine famille vit à nouveau dans la misère.  Quatre enfants à nourrir, pas d'électricité.  La famille vit avec une torche électrique qui sert également à alimenter la radio.  La fille ainée de 14 ans a quitté l'école et ne fait rien.  Elle n'a pas non plus été retenue pour travailler en usine.  Pascal la gronde et la renvoie à l'école.  La mère demande s'ils pourront avoir un vélo supplémentaire et une batterie.  Je remarque que ce sont toujours les femmes qui prennent la parole.  Le mari est installé à quelques mètres seulement et semble se désintéresser complètement de la situation.

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