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25/11/2015

Battambang

Naktadambangkragnoung.jpgMa famille Cambodgienne se fait un point d’honneur de me faire plaisir.  Je suis sûre que c’est pour cette raison qu’ils ont choisi cet hôtel trois étoiles. J’ai vite compris que je n’aurai aucune chance de payer quoique ce soit.  En plus cela les gêne quand je dis merci.  Mon amie Seang m’a expliqué une fois que les parents n’ont pas à remercier leurs enfants, et je suis un peu sa maman de remplacement.

Me voilà donc à Battambang, la deuxième ville du pays, au nord-ouest du Cambodge. Selon la légende un géant devenu roi, en voulant combattre un rival, lui aurait lancé un gourdin pour le tuer.  Il manqua sa cible et le bâton retomba et forma un ruisseau nommé O Dambang, pour finalement se perdre dans une région reculée qu’un des rois suivants ordonna de nommer « province de Battambang».  Une statue peint en noir et or en l’honneur de ce géant trône à l’entrée de la ville. 


battambangLe matin je me suis réveillé tôt – malgré le noir absolu dans la chambre.  Je ne sais pas dans quelle chambre les autres logent et à quelle heure il faut se lever.  Sachant que les Cambodgiens sont en général matinaux, je me lève alors et prends ma douche.  Une pancarte sur la porte de ma salle de bain m’indique que je n’ai pas le droit d’y amener ni armes, chiens, drogues, prostituées ou cuiseurs de riz.  Cela tombe bien – je n’en avais pas l’intention. L’internet marche toujours par mini-séquences, alors je sors dans le corridor où je retrouve au moins de la lumière, et j’en profite pour travailler mes textes de théâtre.  La famille arrive vers 8h30 – eux aussi se sont fait avoir par le noir dans leur chambre – et nous partons déjeuner.

Je m’en doutais bien que ce ne serait pas à l’hôtel et j’en suis heureuse. Cette fois-ci nous allons dans un restaurant typique où les Cambodgiens prennent leur petit déjeuner. Une jeune fille vient nous rejoindre. Elle discute avec la belle-mère. On ne me la présente pas. J’apprends plus tard que c’est la copine du beau-frère de Seang. Un serveur un grand verre avec de l’eau chaude sur la table. C’est pour y tremper les couverts. Avant de manger ou boire les Cambodgiens essuient également à chaque fois toute leur vaisselle avec des petits mouchoirs en papier. J’hésite de prendre un bol de soupe aux nouilles comme les autres, mais finalement j’opte quand même pour un café et une omelette. La belle-mère de Seang a le diabète, ce qui ne l’empêche pas de boire des boissons sucrées, tandis que le petit picore comme un moineau.

battambangPuis toute la joyeuse bande part pour le train de bambou. Quand j’ai lu que ce must touristique allait bientôt disparaître, j’ai voulu l’essayer avant. La grand-mère est guillerette comme une petite fille. Il fallait qu’une étrangère arrive pour lui faire découvrir cette attraction qu’elle ne connaissait pas. Un attroupement de tuktuks nous indique que nous arrivons au bon endroit. D’abord on ne voit que des rails vides, puis arrivent les premiers engins, appelés « norries » par les locaux. Le principe est simple : deux axes avec des roues au bout. Posée dessus une plateforme avec des lattes en bambou (d’où le nom « Bamboo train »). Une chaine relie un des axes à un moteur de bateau reconverti, posé sur le cadre. Et voilà un système de transport ingénieux. Pour la « modique » somme de 10 $, installés sur des petits coussins qui n’enlèvent rien des secousses des rails pas toujours très droits, nous partons à travers la campagne.

A chaque mauvaise jointure le dos en prend un coup, mais c’est rigolo quand même. Nous parcourons ainsi un trajet de 7 kilomètres, bordé de buissons et de jolies fleurs violettes où virevoltent des papillons jaunes. Je me dis que j'ai beaucoup de chance de vivre dans un pays en paix et de pouvoir voyager ainsi.  Une des filles de l'orphelinat m'a regardé avec des yeux tout ronds quand je lui ai dit que j'irai à Battambang.  Pour elle c'est déjà un luxe d'aller au bord du Tonle Sap pour la fête des eaux, alors Battambang...

A l’arrivée nous attendent les vendeurs de vêtements et de boissons obligatoires. Faut bien profiter de cette manne touristique ! Après une attente suffisamment longue pour permettre des achats nous repartons dans l’autre sens. Puisqu’il n’y a qu’une seule voie mais du trafic dans les deux sens, une règle tacite s’applique : l’engin le plus facile à enlever doit céder la place. Nous avons la chance et pouvons rester assis pendant tout le trajet.

Dans l’après-midi nous partirons sur le Phnom Sampeu qui tient son nom de sa forme de bateau. Cela me fait toujours une drôle d’impression de trouver tout à coup dans la plaine quelques montagnes isolées, comme des pâtés de sable qu’un géant aura laissé. Sur le haut de la montagne se trouve un complexe de temples. On y a une vue imprenable sur la plaine. C’est un endroit magnifique, mais historiquement chargé. De leur temps les Khmers rouges avaient transformés les bâtiments en prison et y tués des milliers de victimes à la matraque. Aujourd’hui c’est devenu un lieu de pèlerinage. D’ailleurs la belle-mère ne perd pas une occasion pour allumer de l’encens et laisser des billets pour une petite bénédiction.

battambangPour moi, étrangère, cela sent beaucoup l’arnaque avec tous ces moines et nonnes qui nous réclament des riels partout où on met les pieds. Prenez par exemple ce vieux moine qui se prélasse dans un hamac pendant qu’un de ses aides nous demande un don pour la pagode. De temps en temps le moine prend un microphone pour inciter un nouvel arrivage de visiteurs à laisser leurs billets.

Comme sur tout lieu touristique qui se respecte, nous y trouvons également des photographes proposant leurs services pour nous tirer le portrait avec la magnifique vue en l’arrière-plan. Bien que nous ayons déjà pris nos propres photos la belle-mère se fait à nouveau avoir. Mais bon, pour mes amis c’est également la première fois qu’ils viennent visiter cet endroit. Pour ma part je me demande comment ils font pour développer les photos si rapidement. Il doit y avoir quelque part une installation cachée dans un des bâtiments.

Nous poursuivons notre visite et le petit se fait des amis. Lui, d’habitude si timide, n’arrête pas de courir partout et d’imiter les bêtises des plus grands. J’espère que ses parents le mettront bientôt au jardin d’enfants. Cela lui fera la plus grand bien !

L’après-midi touche à sa fin et partout le clergé compte ses recettes d’un air satisfait. En revenant sur nos pas nous observons des singes en train d’avaler tout ce que les touristes leurs laissent. J’en garde un mauvais souvenir et me méfie d’eux. Parfois ils peuvent mordre ou venir voler des objets.  

Nous redescendons au pied de la montagne où nous attendent déjà des rangés de chaises face à un Bouddha dont on ne voit que le haut de la tête sortir à mi-hauteur de la montagne. En attendant la sortie des chauves-souris nous dégustons des Baluts – des œufs de canard avec l’embryon. Je dois dire que c’est spécial. Pas sûre que je vais récidiver… A 17h45 pile les premières chauves-souris commencent à sortir de leur cave. L’ouverture ne doit pas être très grande, peut-être un mètre de circonférence, et ces minuscules bestioles vont mettre 40 minutes pour tous sortir en un serpent vivant interminable qui ondule en partant à sa chasse nocturne. Pour couronner le tout, la lune a allumé son plus beau lampion qui pend haut et rond dans le ciel et nous éclaire sur notre chemin de retour. Ce fut une très belle journée !

 

 

16:50 Publié dans Cambodge | Tags : battambang | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | |

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