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03/12/2015

Mariage à la campagne

mariageJ'étais très contente d'être conviée à mon premier mariage à la campagne.  Le départ depuis l'orphelinat était fixé à 16 heures, alors en bonne Allemande j'ai pris mes dispositions : à 15h30 j'ai disparu de la circulation pour prendre une douche et me faire belle.  Apparemment avec succès, car en sortant de la pièce j'ai récolté d'abord les regards étonnés, puis les compliments des mamans.  Ma petite jupe à 5 dollars, un top argenté avec un gilet noir en mailles par-dessus et me voilà "sexy".  C'est sûr que ça change par rapport à ma "tenue de travail". 

Je pars à la recherche de quelques femmes dont je sais qu'elles vont également à la fête, mais je ne trouve personne.  Comme le minibus est entretemps arrivé, je descends dans le parc et attends.


Je me rends rapidement à l'évidence que l'indication du départ était bien à l'heure khmère.  Alors je profite pour papoter avec quelques adolescents qui me tiennent compagnie sur ma balancelle.  D'un côté Amara, 16 ans, jeune fille sérieuse et studieuse qui parle bien l'anglais, et en face d'elle l'exubérante Bopha, meneuse à la langue bien pendue.  Les deux suivent des formations chez PSE (Pour un Sourire d'Enfant - une grosse ONG française).  Mais visiblement elles n'ont ni beaucoup de compréhension ni de sympathie l'une pour l'autre.  Puis se rajoutent trois garçons.  Comme tous les jeunes de cet âge ils parlent de leurs amoureux.  Qui sort avec qui, ou ne sort plus, ou qui voudrait bien sortir avec qui.  Tout ceci parsemé de petits rires gênés. Ce genre de discussion doit être universel.

Vers 16h40 je vois enfin arriver deux mamans qui reviennent de la maquilleuse : visage bien fardé et blanc, et faux cils.  Elles se dirigent d'un pas tranquille vers leurs chambres pour s'habiller.  Une autre arrive encore dix minutes plus tard, les cheveux fraîchement mis en plis.  Personne ne semble pressé.

mariageFinalement mes dames arrivent un peu de tous les coins, une plus belle que l'autre.  Alors elles me demandent de les prendre en photo.  Personnellement je préfère les gros plans, mais je me rappelle qu'une fois on m'a fait la remarque qu'il n'y avait ni bras ni jambes sur mes photos.  Pour satisfaire tout le monde je combine donc une prise avec le corps entier avec un gros plan.  L'ambiance est bonne.  On se complimente mutuellement, rit et pose pour les photos.  Nous partons finalement avec 1h30 de retard.

mariageLe  minibus est normalement prévu pour un maximum de 15 personnes, mais nous y rentrons à 22.  C'est tout à fait normal dans ce pays.  Je me retrouve assise entre deux sièges et remercie mes fesses d'être suffisamment larges pour combler le vide.  Nous avons pour une heure et demie de route.  Srey Roa à côté de moi a le mal de transport.  Il n'y a pas beaucoup d'air dans l'habitacle et on ne peut pas ouvrir les fenêtres à cause de la poussière dehors.  Mais elle est bien brave et tient bon.

Vers 18 heures nous tombons sur la sortie des grandes usines qui longent la route.  Tout d'un coup nous nous retrouvons parmi des dizaines des bétaillères dans lesquelles des travailleuses debout sont entassées comme des sardines.  On les ramène ainsi dans leurs villages respectifs.  Même si une devait s'évanouir - elle ne pourrait pas tomber, tellement elles sont serrées les unes contre les autres.

mariageFinalement nous arrivons à la maison de la mariée où un grand chapiteau a été dressé le long de la route.  Nous sortons de notre minibus pour rejoindre la fête.  Comme c'est la coutume, les demoiselles et garçons d'honneur réceptionnent les invités à l'entrée de la tente.  Par contre je ne vois pas l'heureux couple qui doit être en train de faire le tour des tables.  La tente peut facilement accueillir 200 à 300 invités avec quantité de tables rondes.  Chaque table est prévue pour une dizaine de personnes.  Les chaises en plastiques sont recouvertes de jolis tissus blancs et festifs.  Pendant que nous arrivons, d'autres convives sont déjà sur le départ.  Nous nous installons, puis changeons deux fois de table avant de trouver une qui convienne.  Chez les premières les nappes étaient sales et mouillées.  Sous le regard curieux d'un papy qui observe tout ce beau monde depuis l'intérieur de la maison on nous apporte de la nourriture. 

Les femmes sont exaltées. Et elles ont faim.  Comme des vautours elles se jettent sur la nourriture et vident les quatre plats posés sur la table en un temps record.  La nourriture est goûteuse mais je m'étonne qu'il n'y ait pas de riz.  Un repas cambodgien sans riz?  Impossible!  Il arrive enfin avec le deuxième service et une soupe.  Quand tout ceci a disparu à son tour, nous avons encore droit à des plats supplémentaires.  Chapeau, Mesdames!  Vous avez un bon coup de baguettes.

Qui dit mariage dit également alcool.  D'accord, nous n'avons pas les bouteilles de whisky posées sur les tables, mais il y a quantité de cannettes de bières et mes collègues se font plaisir.  Comme à l'accoutumée il faut trinquer à chaque gorgée, et les verres ne cessent de s'entrechoquer.  Comme les boissons sont chaudes, les serveurs nous apportent des sachets en plastique avec des glaçons géants que nous plongeons dans nos verres.

mariageQuelques boissons plus tard un convoi de dames se met en route à la recherche de toilettes.  Je n'ai jamais compris pourquoi les filles doivent toujours aller aux toilettes en troupeau, mais ce soir je profite d'elles pour voir où sont les commodités.  En sortant de la tente nous pataugeons tout de suite dans le sol sablonneux et mouillé d'une ferme.  Je suis contente de porter des sandales plates et non pas des talons aiguilles comme certaines.  Avec mes nouveaux réflexes acquis le week-end dernier, je compte automatiquement les animaux dans leur enclos : quatre vaches et deux veaux.  Pas mal. 

Mais où sont passées mes compagnes?  Dans la pénombre, entre maison et étable, je les vois soulever leurs robes à paillettes et s'accroupir.  D'accord, j'ai compris.  Nous sommes bel et bien à la campagne...  Sous les rires joyeux des autres je me dépêche également de trouver un petit coin tranquille, et nous voilà toutes en train de faire pipi sous le ciel étoilé.

mariageEn revenant Srey Neang m'entraîne vers la "piste de danse", l'espace boueux devant la scène de spectacle où différents artistes de différents niveaux tentent d'entretenir les convives.  Elle me demande de monter sur la scène et de chanter une chanson, mais je refuse.  Cela suffit déjà d'être la seule blanche.  Pas besoin d'en rajouter.  En contrepartie un chanteur aveugle monte sur la scène.  Il commence à chanter et les gens viennent lui remettre des billets dans la main.  C'est son gagne-pain.

Puis on danse, soit en style traditionnel ou moderne.  L'équipe de l'orphelinat squatte la piste de danse et les maquillages sophistiqués dégoulinent en gouttes de sueur.  Je me trémousse au rythme de la musique et fais rire les autres.  C'est si bon de rire!  Quelques femmes me demandent si je suis heureuse.  Oh oui, je le suis.  Je me sens légère et remplie de joie.  Pas d'obligations, pas besoin d'être sérieuse, pas d'image à préserver.  Ici je peux laisser libre cours à un moi qui me satisfait beaucoup. 

Une mamie assise près de la scène me pince les fesses et me tend un petit enfant afin que je danse avec lui.  Il ou elle tient un mouchoir dans la main et est sensé de le faire tourner pendant que nous dansons et que la mamie nous filme.  Mais le petit n'a d'yeux que pour cette étrangère qui le fait tournoyer, alors je triche un peu et l'aide à remplir sa tâche.

mariageSelon la tradition on vient placer une table remplie de fruits devant la scène, et les gens dansent autour de cette table.  Je vois qu'on commence également les préparatifs pour le dernier événement de la soirée, la marche nuptiale du couple où on leur jette des pétales de fleurs.   Depuis peu on les pulvérise également avec ces affreux spaghettis coloriés qui se collent partout.  Mais d'abord il faut déblayer toutes ces cannettes et autres détritus que les Cambodgiens jettent simplement sous la table et qui bouchent le chemin.

mariageFinalement le cortège nuptial se met en place.  Le mari a l'air tout jeune et ses témoins semblent avoir emprunté leurs vestes à des géants.  La mariée est timide et pas très souriante.  Elle a les yeux rouges.  D'abord je pense qu'elle doit être affreusement fatiguée, car elle a dû se lever vers trois heures du matin pour subir maquilleuse et coiffeuse.  Ou c'est peut-être la colle des faux cils qui irrite les yeux.  Mais plus je l'observe, plus j'ai l'impression qu'elle n'est pas très heureuse.  Un moment donné on lui demande d'embrasser son mari.  Elle le fait sur les joues, mais pas sur la bouche.  Et quand ils dansent enfin le slow, elle a les yeux baissés et le regard triste, au bord des larmes.  Peut-être est-ce un mariage arrangé?  Je ne sais rien d'elle ni de son histoire, mais j'ai probablement passé une meilleure soirée qu'elle.

Vers neuf heures du soir nous regagnons notre minibus.  Les femmes sont guillerettes et cela papote pendant tout le trajet.  Toutes, sauf la pauvre Srey Roa toujours malade, ont passées une excellente soirée.  J'ai essayé de négocier avec le conducteur du minibus s'il pouvait bien me ramener au Cyclo, mais soit qu'il n'en avait pas envie soit qu'il n'a pas compris.  En tout cas me voilà à 22 heures à l'orphelinat sans transport.  Mais c'est sans compter sur ces femmes superbes.  Elles m'appellent un tuktuk.  Prendre un tutktuk à cette heure-ci n'est pas ce qui m'enchante le plus.  Peut-être ont-elles les mêmes craintes, en tout cas voilà que trois d'elles montent avec moi dans le tuktuk pour me raccompagner en ville.  Je leur suis très reconnaissante, bien que je sache aussi que cela leur fait encore une petite sortie nocturne à travers la ville pour clore cette belle soirée.

 

13:09 Publié dans Cambodge | Tags : mariage | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Quelle aventure! Jolie description.

Écrit par : hommelibre | 03/12/2015

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