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07/12/2015

La plaie des donateurs

P1010608.JPGCe matin nous avons mis presqu'une heure pour atteindre l'orphelinat.  Sur la première partie du trajet cela ne se passait pas trop mal, mais sur la dernière grande droite nous sommes restés coincés pendant 10 à 15 minutes dans les bouchons, littéralement sans bouger.  Ils font des travaux dans le sens opposé et la voie est bloquée.  Alors les voitures entrantes dans Phnom Penh empruntent notre voie.  Et comme le matin il y a plus de véhicules entrants que sortants, ils ont pris le dessus et nous laissent aucune chance d'avancer. 

Devant nous patiente une moto-buvette avec père, mère et bébé debout entre les deux. sur la selle  Le conducteur du tuktuk voisin avec sa cargaison de canapés profite de l'arrêt forcé pour s'acheter une boisson, puis il entame une conversation avec Monsieur Tom.  Chacun reste calme... 

L'autre jour nous avons rencontré une vache qui se promenait tranquillement à contresens au milieu du trafic chargé.  Et encore une autre fois un veau a failli nous rentrer dedans : il arrivait en pleine course depuis son pré.  Ah, jeunesse insoucieuse!  Décidemment, chaque jour ici apporte une nouvelle aventure...


P1010615.JPGQuand j'arrive ENFIN à l'orphelinat, tout le monde est déjà installé dans le parc.  Toutes les chaises roulantes sont rangées en attente de promenade, et on est en train de remplir les piscines gonflables. 

En m'approchant je remarque un tuktuk garé proche de l'entrée principale et rempli de victuailles : sacs de riz, sauce soja, nouilles, etc.  La moitié a été déchargée sur le perron.  Je comprends qu'un groupe de vénérables donateurs nous honore de sa généreuse visite - avec tout ce que cela implique : discours des uns et des autres, et surtout séance photos.  Mais pour cela il faut des enfants.  Vite, vite, quelques chaises roulantes.  Avec des volontaires comme figurants c'est encore mieux. 

P1010617.JPGTout le monde joue le jeu.  Les femmes savent que ces donateurs sont importants car sans leurs dons l'orphelinat ne pourrait pas survivre.  Et les enfants ont également l'habitude de ce cirque régulier.  Mais quelle plaie!  Je ne suis pas assez rapide pour m'échapper avec ma chaise roulante, et me voilà prise au piège pour une série de photos rapprochées. Mon regard est noir. Ne comptez pas sur mon sourire!  Je déteste quand ces gens viennent prendre les enfants en photo comme si c'étaient des bêtes sauvages au zoo.  Ils ne voient que leur handicap, leur côté bizarre, et pas la beauté qui est propre à chaque enfant.

Finalement je peux m'échapper pour rejoindre mon groupe.  A mon grand étonnement Nimol est debout devant une rangée d'enfants sagement installés dans leurs chaises roulantes.  Elle chante à tue-tête une de mes chansons.  Normalement nous chantons quatre fois par jour : le matin, avant le déjeuner, après la sieste et avant la fin de la journée.  Cela fait déjà beaucoup.  Mais là, ce n'est pas le moment.  Un peu étonnée je rejoins Nimol qui me demande de chanter une autre de mes chansons.  Docile je m'exerce avant de comprendre tout ce cinéma.  Le groupe des visiteurs s'est déplacé vers nous, et il faut continuer la mise en scène du pseudo-documentaire "ma visite chez les handicapés".  Pendant que nous chantons pour ces chers Japonais ils filment notre performance.  Avec ma performance exceptionnelle je deviendrai certainement célèbre au Japon...

donateursEnfin ils repartent avec la directrice pour visiter le reste des lieux et je peux me consacrer à mes petits.  La petite Rina a envie d'accompagner Sambo pour la balade.  Je la place sur la tablette et nous faisons ainsi le tour du jardin, au grand amusement de Sambo qui ne rate aucune occasion pour rire à pleins dents.  Sans compter les tours, j'use mes semelles pour faire profiter chaque enfant de ce petit divertissement qu'ils adorent.  A cette occasion je constate que la tuktuk repart avec la moitié de sa cargaison vers une destination inconnue.  Peut-être la maison de la directrice?...

Après c'est la routine.  Il faut tout remonter.  Les enfants prennent le monte-charge et nous les escaliers avec le reste du matériel dans les bras : matelas, coussins, couches, goûter, etc.  Le moindre déplacement demande chaque fois toute une organisation, mais on le fait volontiers.  Et les enfants nous le remercient bien.  Finalement je plains ces visiteurs qui n'auront jamais les sourires et les marques d'affection dont ces enfants magnifiques nous gratifient jour après jour!

 

 

 

 

17:00 Publié dans Cambodge | Tags : donateurs, trafic | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | |

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