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04/12/2015

Cérémonie de crémation

crémationVoici hélas un moment incontournable de notre passage sur terre.  Ce matin j'ai assisté à la crémation du jeune Belge de 30 ans, qui s'est tué jour pour jour il y a une semaine, dans un accident de moto.  Son père, venu de Belgique, n'a pas voulu ramener le corps, préférant le laisser reposer dans ce pays où son fils avait été heureux. 

A quelques années près le père doit avoir mon âge.  Le visage est cerné, le regard vide, ses mains tremblent.  Il n'a dormi que cinq ou six heures depuis le décès de son fils.  Moment horrible et impensable pour tout parent de voir partir son enfant avant soi-même.  C'est sa première visite au Cambodge, et le décalage qu'il ressent n'est pas seulement par rapport à l'horaire.


La crémation est organisée par l'associé khmer du défunt, dans son village natal, une trentaine de kilomètres au nord de Phnom Penh, sur la route de Battambang, au bord du Tonle Sap.  A huit heures du matin nous quittons l'hôtel à plusieurs en minibus.  Arrivés sur place, une heure plus tard, nous devons constater que la crémation a déjà bien avancé.  Ils ont commencé à bruler le corps plus tôt que prévu.  Le père et quelques amis sont assis à côté d'une tente et regardent vers la tour carrée où le corps couché dans son lit en acier est en train de se consumer dans les flammes. 

Chaque commune a son comité chargé des funérailles.  Ce sont essentiellement des personnes âgées.  Les hommes entretiennent le feu du four crématoire avec des bûches pendant que les femmes préparent les offrandes.  De temps à autre on ouvre la porte du crématorium pour juger l'avancement du processus.  Alors les curieux se groupent devant, observent et commentent.

crémationVingt minutes plus tard les hommes retirent le récipient placé sous la grosse benne.  Ils l'arrosent d'eau pour réduire la température.  Puis ils versent quelques cuillères de riz et d'autres offrandes dans les quatre coins.  Bougies et bâtons d'encens, prières et encore d'autres offrandes placées sur une feuille de bananier.  Nous les entourons debout.  Ensuite ils retirent la feuille, la froissent et la déchirent. 

Un des célébrants commence à ratisser le charbon de bois avec un bâtonnet à la recherche des résidus calcaires des os.  Alors les amis du défunt se précipitent également pour repêcher des fragments d'os dans les cendres et les placer dans une petite corbeille en plastique.  C'est un acte hautement symbolique.  Ceux qui trouvent des ossements seront à jamais liés au défunt.  Les bouts d'os sont ensuite soigneusement rincés à l'eau, puis enveloppés dans un tissu blanc.  Ils seront conservés afin de permettre des cérémonies de commémoration dans le futur.  Les cendres iront dans le stupa familial de l'associé khmer.

Maintenant imaginez ce pauvre père, chamboulé par la perte de son fils, qui débarque sur une autre planète et à qui on propose d'aller fouiller dans les cendres du dernier.  Peu de temps après il ne tient plus, et des amis le ramènent à son hôtel où il trouvera peut-être un peu de repos pour son corps et son âme.

Nous restons sur les lieux, car la cérémonie n'est pas terminée.  Maintenant il faut prier.  Cela se passe en plusieurs étapes.  Quand une cohorte de moines arrive sur les lieux, nous nous joignons également aux fidèles.  Marie-Jo et moi voudrions rester discrètement derrière, mais on nous fait signe de nous asseoir tout devant, en invitées d'honneur pour ainsi dire.  Les jambes repliées nous faisons de notre mieux pour garder la posture pendant les prières interminables.  Devant nous sont dressées quatre tables avec en tout 13 moines, dont deux enfants.  Les moines ont eu droit à des petits coussins mais pas nous.

crémationUn des hommes du comité de funérailles alimente les prières en parlant dans un microphone.  Je mets un peu de temps avant de réaliser où se tient le récitant, car le son fait un détour et nous parvient de l'extérieur où est placé le haut-parleur.  Ensuite c'est aux moines d'entonner leurs récitations.  Ils ont déroulé une bobine de fil blanc que chacun tient dans ses mains pendant la prière.  Je sens un fourmillement prendre possession de ma cuisse et j'échange un regard entendu avec Marie-Jo.  Mais il faut tenir bon. 

crémationEnsuite les moines se mettent à table.  Nous pensons que c'est terminé pour nous - mais non.  Il faut encore prier un bon moment pendant qu'ils prennent leur repas.  Quelques femmes tiennent des petites bouteilles d'eau et la versent goutte après goutte dans un bol, ou sur des offrandes, pendant le temps de la prière.

Après une éternité nous avons enfin le droit de nous lever et d'étirer nos membres.  On nous fait signe que c'est notre tour maintenant d'aller manger sous la tente.   Il est 10h30 et nous n'avons pas faim.  Mais c'est pour le bien-être du défunt, alors nous nous exécutons pendant que les hommes se racontent des anecdotes de sa vie pour honorer sa mémoire.

Normalement il faudrait rester jusqu'à 14 heures pour la toute fin de la cérémonie, mais nous repartons avant, silencieux, dans notre minibus climatisé.

RIP.

 

10:56 Publié dans Cambodge | Tags : crémation | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | |

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