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05/12/2015

Doux farniente

Mon samedi s'annonce tranquille.  J'ai demandé à Monsieur Tom de m'emmener visiter un temple à une trentaine de kilomètres au sud de Phnom Penh.  Il est content de travailler un peu, car cette année les touristes se font rares.  On le ressent déjà dans la rue devant l'hôtel où normalement les passages des touristes sont fréquents.  Entre les problèmes de l'économie et les attentats, l'esprit ne semble pas être aux voyages.


batiNous partons donc sur les routes poussiéreuses et très fréquentées dans la province de Bati où les ruines du temple Ta Phrom nous attendent.  Le sanctuaire avec ses vieilles pierres qui s'ébranlent est entouré d'un bel écrin d'arbres et semble paisiblement endormi, comme dans un conte de fées.  C'est un endroit fort agréable, fleuri et bien entretenu par des vielles femmes.  On dirait un petit Angkor Watt avec ses belles sculptures d'Apsaras et quelques bas-reliefs posés par terre.  Mais contrairement à ce pôle touristique nous n'y rencontrons pas de visiteurs.  En tout cas pas aujourd'hui.

batiLe temple date du 12e siècle.  Le sanctuaire principal comporte cinq salles renfermant chacune un bouddha moderne.  Les Khmers rouges ont laissés leurs traces ravageuses dans la pièce centrale.  Seul bémol de cet endroit charmant : dès notre arrivée nous sommes harcelés par les petites vendeuses de cierges, baguettes d'encens et fleurs de lotus.  "Hello.  What's your name?  Where are you from?  I like your name."  Etc.  Je me laisse convaincre d'acheter un petit bouquet de fleurs à une petite fille insistante, mais quand je les dépose devant une des statues de bouddha, la vieille femme qui y officine me demande également de l'argent.  C'est une vraie arnaque ces temples!  On se fait piller à tous les coins.  Quoi que - ici je veux encore bien laisser quelques sous pour l'entretien.

batiMonsieur Tom m'accompagne pendant la visite.  C'est un compagnon de voyage tranquille et agréable.  Il a 35 ans mais il fait facilement dix ans de plus.  Nous quittons l'enceinte du temple et nous dirigeons vers la pagode moderne, bâtie au bord de l'eau.  Il m'explique les différentes représentations du Bouddha dans le jardin et nous faisons le tour du domaine. 

Puis nous continuons notre balade à pied pour rejoindre les paillotes de l'autre côté du lac.  Oui, oui, vous me lisez juste : nous MARCHONS, activité pas très répandue chez les Khmers.  Mais Monsieur Tom m'explique qu'il se promène tous les matins avec sa fille et le soir avec sa femme.  Je suis très étonnée...

Quand nous arrivons je comprends la chance qui nous sourit aujourd'hui.  Cet endroit est normalement très prisé par les Phnom-Penhois qui fuient leur ville à la recherche de quiétude.  Une quantité innombrable de paillottes vides m'indique le genre de calme que l'on pourrait y trouver un jour de fête.  Nous nous installons donc au bord de l'eau dans des hamacs et commandons notre déjeuner : poulet et riz. 

batiLe riz nous est livré un certain temps plus tard par un garçon en moto, ensemble avec les assiettes et couverts.  Le garçon repart et nous attendons la suite.  Mais rassurez-vous.  Aucun risque que nous puissions mourir de faim, car déjà arrivent les pirogues pour nous vendre leur délicatesses.  Mais nous déclinons poliment.  Vient ensuite une femme pour nous vendre des fleurs de lotus, ou plutôt la partie comestible de la plante.  Comme pour la tête du tournesol s'y nichent des graines, grosses et qu'il faut décortiquer, avec un léger goût d'amande.  Cela nous fait passer le temps.

batiUn vieux monsieur arrive tranquillement avec sa pirogue en pagayant.  Il a une bonne tête.  Il me plaît.  Il s'approche doucement et commence une discussion avec Monsieur Tom.  Il veut savoir d'où je viens, quel est mon âge, combien de membres compte ma famille.  Lui-même a 70 ans et me sourit avec des dents en or.  Il n'essaye pas de nous vendre son tour du lac et marque ainsi encore un bon point.  Finalement c'est moi qui lui demande son prix.  3000 Riels - même pas un dollar.  C'est vendu.  Nous partirons après le déjeuner.

batiFinalement nous entendons à nouveau une moto arriver et avec elle notre poulet, une moitié rôtie et l'autre en soupe.  Je n'ai pas vraiment faim, mais je n'ai pas envie de gâcher le plaisir à Monsieur Tom.  Et puis mince alors - ce sont les vacances après tout.  Profitons de ce moment fort agréable.

Le poulet aux jambes longues est croustillant et bien bon, et nous nous régalons.  Puis nous embarquons avec notre capitaine pour le tour du lac qui doit faire environ cinq kilomètres de circonférence.  Mais c'est sans garantie.  Je suis très mauvaise en estimations....

L'eau est chaude et trouble et riche en poissons.  Elle doit avoir 28 ou même 30 degrés.  La plus grosse partie du lac est recouverte d'algues et de petits îlots de plantes aquatiques.  Les nuages du ciel se reflètent à la surface jaune de l'eau.  Il fait chaud et je suis contente du toit qui nous abrite.  D'innombrables insectes aquatiques zigzaguent comme des patineurs en fuyant la coque de notre bateau, pendant que de magnifiques libellules rouges dansent un pas-de-deux aérien au-dessus des mini-îles vertes.  Sur les grandes feuilles rondes et hydrophobes des lotus brille de temps en temps une goutte d'eau, étincelante comme une pierre précieuse.  Au loin quelques oiseaux prennent leur envol, chassés par le bruit de notre moteur.  La surface de l'eau plane crée de jolis effets de miroir.  C'est bucolique.

batiMais quand nous nous approchons à nouveau de la berge je découvre des centaines de ces pavillons flottants.  Des tissus coloriés bougent doucement dans la brise, sensés de protéger les visiteurs du soleil.  C'est un petit village de vacances insoupçonné.  Heureusement pour nous les paillotes sont restées vides aujourd'hui.

Notre conducteur nous ramène à bon port, et nous pouvons enfin nous prélasser dans les hamacs larges et confortables pour faire notre sieste bien méritée après un tel effort...  Nous sommes bercés par le son discret des clochettes des vaches qui paissent pas loin.  Une petite brise caresse mes joues, souffle sur mes bras et enlace mes poignets.  Seul dérangement : de temps à autre le passage d'une pirogue augmente le clapotis autrement inaudible des vagues contre la berge. 

Au loin j'entends une famille papoter doucement.   Ecouter une telle conversation en khmer c'est comme faire une méditation.   Mon cerveau se vide car je ne comprends rien, et je n'essaye même pas de comprendre. 

Juste être là et vivre le moment présent. 

C'est absolument délicieux! 

 

 

 

15:31 Publié dans Cambodge | Tags : bati | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | |

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