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06/12/2015

Le projet de la dignité

P1010791.JPGRendue curieuse par un article que j'avais lu dans le journal, je suis allé voir une exposition photo de l'Allemande Mona Simon qui a photographié des femmes battues.  L'exposition s'appelle "The Dignity Project" - le projet de la dignité.  Elle évoque un sujet douloureux sans tomber dans le piège d'en illustrer les ravages physiques.  Au contraire, ces femmes sont mises en valeur avec beaucoup de délicatesse.  Elles sont maquillées, coiffées et habillées comme des reines ou des jeunes épouses.  Toutes les photos baignent dans une douce lumière dorée.


Selon le Chbab thmei, un code de conduite pour les femmes écrit vers 1790, "les hommes sont comme de l'or et les femmes comme du tissu."   Le Chbab thmei fut enseigné à l'école jusqu'en 2007.  Aujourd'hui il n'est plus utilisé officiellement mais influence toujours le comportement des hommes vis-à-vis des femmes, surtout à la campagne.  Ainsi endoctrinées depuis des générations, beaucoup de femmes manquent de confiance en elles-mêmes. 

La métaphore de l'or et du tissu évoque la valeur temporelle de la femme par rapport à la valeur infinie de l'homme.  L'or peut être nettoyé de toute salissure sans jamais perdre sa valeur, tandis qu'un tissu maculé est irrécupérable car la tache sera à jamais visible.  Ainsi cela s'applique aux femmes maltraitées qui sont mal vues par le reste de leurs communautés.  Bien que victimes, on les rend souvent responsables de la violence subie par leurs maris.  Dans ce contexte il faut également savoir que l'alcool est souvent à la source des violences conjugales.  Les femmes de ce pays travaillent sans cesse, pendant que les hommes s'adonnent souvent à la bière ou des boissons plus fortes.  On reconnaît leur état alcoolisé facilement aux yeux plus brillants qu'à la normale et à leur haleine chargée.

Pour les prises de vue chaque femme a pu choisir un vêtement khmer traditionnel.  Tout en se faisant maquiller et coiffer elles racontaient ensuite leurs histoires difficiles.  La photographe leur a ainsi offert la possibilité de partager leurs destins douloureux, tout en se rendant compte de leur propre beauté et valeur.  Puisque les photos en tenue traditionnelle sont devenues à la mode lors de mariages, elle espère aussi laisser un souvenir encourageant et durable pour ces femmes maltraitées.  

Chaque photo est accompagnée d'un texte en anglais et khmer relatant l'histoire personnelle des femmes.  Il appelle également à la responsabilité des citoyens dans l'espoir d'augmenter ainsi la conscience globale et de contribuer à une société plus généreuse dans laquelle on se préoccupe l'un de l'autre.  Ceci est d'autant plus important que d'après des études récentes des traumas collectifs peuvent être retransmis génétiquement.

Ce qui m'a particulièrement plu dans cette exposition est la touche d'espoir concrète qu'elle apporte.  Dans le lot des femmes photographiées se trouve également une femme heureuse dans son mariage et respectée par son mari.  Depuis quelques années elle défend les droits des femmes dans les villages et soutient celles qui subissent des violences.  Son témoignage est un appel à la solidarité, mais elle encourage également ses sœurs à prendre leurs destins en main parce qu'elles ne sont pas condamnées à souffrir .

Comme disait le Bouddha "L'ignorance crée de la souffrance."

 

 

 

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