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08/02/2016

Divertissements belges

profondeville,mesureurPetite virée à Profondeville dans la région de Namur en Belgique.  Profondeville – rien que le nom fait déjà rêver.  On imagine une ville au fond d’un gouffre.  Mais non, elle se situe au fond de la vallée de la Meuse, considérée comme le plus vieux fleuve d'Europe.  C'est une rivière calme qui inspire la contemplation.  A force de persévérance elle a pourtant réussi à creuser son large lit dans la falaise.  Moi je viens du bord du Rhin, le « Père Rhin », comme on l’appelle en Allemagne.  Un long fleuve mythique et puissant, agité par une navigation intense, tandis que la Meuse avance dans la douceur, avec un débit tranquille mais décidé.  Sur sa surface plane le vent dessine des milliers de petits ornements qui changent au gré de la chorégraphie aérienne.  La Meuse est navigable et régulée par des écluses, mais en trois jours je ne vois passer qu’un seul bateau.  Son passage laisse à peine des remous dans l’eau et ne dérange pas la quiétude des lieux.  Il n’y a que les mouettes qui s’agitent au-dessus de sa cargaison.


profondeville,mesureurL’eau du milieu du fleuve est plus pressée d’avancer que celle qui rencontre les berges, qui ralentit, et forme de petits tourbillons pour jouer avec les canards.  Un couple d’oiseaux marins danse un ballet aérien au-dessus de l’eau.  J’admire leurs robes en plumes blanches et noires et suis pratiquement sûre que Madame construira son nid dans une des failles de la falaise qui surplombe la rivière. 

Des dizaines de petits pontons flottants m’indiquent qu’en été la rivière doit être investie par les adeptes de divertissements nautiques divers : natation, canoë, ski nautique, voile, etc.  Au milieu du fleuve s’étend l’ovale longiligne  d’une petite île;  c’est certainement une cible prisée des nageurs en été, à moins que cela ne soit un site protégé pour la faune et la flore. 

Je suis le chemin philosophique le long de la Meuse, un chemin unique en Belgique : une série de pierres gravées de citations.  Il invite à la méditation.  « La contemplation, c’est suspendre le temps à coups de beauté. » Je ne connais pas cette Delphine Lamotte qui nous lègue ses citations, côte à côte avec Condorcet, Victor Hugo, Beaumarchais, etc. mais sa phrase me parle bien, surtout dans ce contexte.

Je loge en chambre d’hôte dans une petite ruelle parallèle à la Meuse.  D’ailleurs le gîte s’appelle « La Ruelle ».  Il n’est pas loin du café de la gare, bien qu’il n’y ait pas la moindre gare à Profondeville.  Serait-ce encore une histoire belge ? En tout cas, c’est un endroit charmant, aménagé avec beaucoup de goût et amour, où les veilles pierres cohabitent avec le moderne dans un mariage heureux.  Ma logeuse est charmante, et je me sens comme en coque en pâte.  Ne manque qu’un peu de soleil et de chaleur. Mais que voulez-vous ?  Quelle idée d’aller en Belgique à cette période de l’année et s’attendre à du beau temps ?  Ici les gens ont le soleil dans leurs cœurs, et la chaleur des relations équilibre avantageusement les degrés Celsius manquants.  On me salue partout où je passe, comme si je faisais partie de leur univers. Cela me change de l’anonymat et de la froideur de Genève.

Je remonte la Meuse en direction de Dinant.  Partout les maisons typiques en briques rouges ou beiges.  En arrivant à Dinant je me dis qu’ils ont oubliés de ranger leurs illuminations de noël – mais pourquoi des saxophones à la place d’étoiles ou de flocons de neige ? J’apprends alors que Dinant est la ville natale d’Adolphe Sax, l’inventeur du saxophone.  Ceci explique tout ! J’étais venu dans cette ville il y a environ 40 ans avec ma famille.  Je me rappelle juste que notre hôtel était contre la falaise avec sa citadelle qui domine la ville, pas trop loin de la Cathédrale.  J’entends encore sonner les cloches, trop proches et fortes pour une grâce matinée dominicale.

En sortant de la ville le nom d’Anseremme m’interpelle.  C’est ici que nous avions laissé la voiture pour monter en train jusqu’à Gendron avant de redescendre la Lesse en kayak.  Je me vois encore avec ma mère, toutes les deux mortes de trouille, en approchant le barrage qu’il fallait franchir devant les yeux des spectateurs qui guettaient avec plaisir les kayaks qui se renversaient.  En fin de compte notre peur nous avait rendu service, car nous avions trouvé le bon chemin pour franchir cet obstacle sans finir dans l’eau. C’était il y a si longtemps, et pourtant le souvenir en est resté intact.

profondeville,mesureurLe soir je monte sur les hauteurs de Bois-de-Villers pour des divertissements théâtraux extraits de Le Conte des contes ou Le Divertissement des petits enfants de l’italien Giambattista Basile.  Contrairement à son titre, ces contes crus et parodiques sont destinés à un public adulte.  Ecrites au 17e siècle, elles seront adaptées par Charles Perrault et les frères Grimm pour renaître sous le nom de Cendrillon, Le Chat botté, La Belle au bois dormant, etc.  Sous la direction experte du metteur en scène Benoît Blampain, six jeunes comédiens interprètent quatre contes, un conte par soir, trois contes par week-end, et sur quatre semaines.  Le schéma est la toujours le même : un conteur principal est épaulé de deux comparses qui jouent tout le reste du texte.  Pour le bonheur des spectateurs, les acteurs s’éclatent visiblement à tout jouer dans un premier degré d’illustration, en usant et abusant de pléonasmes.  Avec pour seul accessoire un drap de lit qui change sans cesse de fonction : vêtement de dame ou de prince, gourdin ou voile de navire.  Comme les enfants qui se racontent des histoires en créant des mondes magiques dans leur chambre. Tout est exagéré, excessif, une grimace chasse l’autre, et les rires ne cessent pas dans la petite salle de spectacle créée dans l’ancienne librairie du village.  Après la représentation le public reste pour discuter avec les jeunes artistes et refaire le monde.  Des moments de bonheur pur.  Je me suis faite de nouvelles amies et je reviendrai certainement pour le festival d’automne Découvrez-vous. 

Alors « A tantôt », comme on dit par ici.

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