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22/11/2017

Mercredi

cambodgeIl paraît qu'il a plu cette nuit. Marie a entendu des coups de tonnerre et la pluie battante, mais moi j'ai dormi comme un loir. Elle doit avoir raison - les flaques d'eau sur la route en témoignent.

Pendant notre trajet habituel nous nous trouvons à un moment donné derrière un camion avec de jolis arrangements floraux. Il nous semble reconnaître des hortensias. Au Cambodge? Toutes les deux nous associons les hortensias avec la Bretagne et non pas avec l'Asie. En rentrant le soir à l'hôtel je vérifie et il existe bien des variétés d'hortensias au Cambodge. On dit bien que les voyages forment la jeunesse...


Ce matin le groupe de jeu nous paraît plus tranquille que d'habitude. Nous saurons un peu plus tard que c'est parce que l'autre groupe est en bas pour son jour de piscine. Notre tour sera demain. D'année en année les plannings changent, et il nous faut à chaque fois une semaine pour nous remettre dans le nouveau rythme.

cambodgeLes femmes ont mis un minuscule sac à dos à Somnang qui me fait toujours penser à notre chauffeur de tuktuk, Monsieur Tom. C'est un vrai petit Khmer avec son visage tout rond. Lui et sa sœur Vesna avaient été abandonnés en janvier 2016 dans un état de sous-alimentation sévère. Avec les bons soins des mamans et entourés de leur amour les deux ont bien récupérés depuis. Ils sont en bonne santé et seront certainement un jour adoptés par quelque couple désireux d'enfants. En fait, j'avais toujours pensé qu'il s'agissait de deux garçons, car Vesna n'a pas un visage de fille et je ne l'avais jamais changé. J'ai par contre remarqué un détail amusant : quand les deux vont sur le petit toboggan, Somnang ne craint rien et descend sur les fesses, tandis que Vesna se retourne pour descendre sur le ventre, les pieds en premier. Voilà ma petite contribution concernant le théorie du genre. Et je peux vous assurer qu'il n'y ait aucune différence de traitement pour les enfants ici.

Nous commençons notre journée par un rapide massage des membres des enfants qui restent pendant ce temps là dans leurs chaises roulantes. Quelques uns manifestent leur plaisir de l'attention que nous leur apportons, contrairement à la petite Sok Nia qui me fait très bien comprendre qu'elle n'aime pas ça. Son plaisir est la musique. Elle est heureuse quand elle peut agiter ses bras au rythme des différentes mélodies.

A 9 heures c'est l'heure du premier goûter. Aujourd'hui au menu : céréales avec lait, suivi de brossage des dents. Marie et moi sommes très contentes, car nous avons remarqué que le brossage des dents après les goûters est bien installé et que les enfants restent maintenant dans leurs chaises roulantes pour manger, même dans les chambres. Bravo à toute l'équipe pour avoir réalisé cet exploit peu évident.

cambodgePuis c'est l'heure de la promenade et des jeux. Les femmes disposent les chaises roulantes en cercle et les recouvrent par un grand drap qu'elles soulèvent et abaissent en nommant certains enfants qui ont gagnés ou perdus, je ne comprends pas très bien le détail. N'importe. De toute façon, les enfants s'amusent et rigolent.

Nimol nous explique comme son travail est plus difficile maintenant avec le groupe agrandi. Quelques enfants plus réveillés participent bien, mais bon nombre d'entre eux sombrent assoupis dans les chaises jusqu'à l'heure du repas. Un plus petit groupe nous permettait auparavant de prendre le temps pour les stimuler individuellement. Aujourd'hui nous nous trouvons devant le choix cornélien de soit nous occuper un peu de tout le monde, sans vraiment approfondir les liens, soit de privilégier la relation avec quelques enfants seulement.

cambodgeAlors j'ai décidé de m'occuper un peu d'un des nouveaux enfants maigrichon et mal en point. Ce n'est pas le bébé dodu qu'on a tout de suite envie de prendre dans les bras, comme par exemple Somnang. Je joue un peu avec lui avant de voir qu'il faut changer la couche. Quand je découvre que c'est en fait une petite fille, notre relation change déjà à partir de ce moment. Avec sa petite tête triangulaire rasée ce n'était pas évident à décerner. Elle s'appelle Naro. Et puis le miracle se passe une nouvelle fois : au moment où je décide de me connecter à un enfant, les traits ou infirmités qui pourraient me repousser à première vue disparaissent pour me laisser apercevoir toute la beauté de l'être. Dans toute sa maigreur la petite Naro a des mirettes magnifiques et des lèvres bien dessinées. Je la regarde dans les yeux et c'est comme si je pouvais lire dans son âme. Nous nous reconnaissons mutuellement et je ne pourrais plus jamais la regarder autrement.

J'ai hésité de vous montrer sa photo. En fait, c'est ce qui m'énerve quand les groupes de visiteurs passent à l'orphelinat on s'émouvant des malformations des enfants. Ils prennent des photos comme s'il s'agissait de bêtes étranges à une fête foraine, ne jugent que l'emballage sans prendre le temps de se connecter à l'être vivant devant eux qui est profond et magnifique. Je voudrais que les enfants soient tous beaux dans les photos, et j'espère que vous puissiez regarder Naro avec un regard d'humain à humain.

Cet endroit est une source d'inspiration pour moi et les leçons de vie sont quotidiennes. Et j'espère sincèrement que mes billets puissent contribuer à ce que vous aussi puissiez voir la beauté dans chaque créature.

 

 

 

17:08 Publié dans Cambodge | Tags : cambodge | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | |

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