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25/11/2017

Quelques réflexions

politiqueAujourd'hui visite des Killing Fields, ou Choeung Ek en Khmer, à 17 km au sud-ouest de Phnom Penh . Pour Marie c'est la première fois, pour moi la troisième. Mais l'effet est toujours le même.

Cet endroit si paisible était autrefois un centre d'exécution pendant le régime des Khmers rouges de 1974 à 1979. Les détenus y étaient acheminés depuis la prison S21 de Phnom Penh, puis sauvagement abattus sur place. Comme les balles coûtaient cher, les tortionnaires utilisaient tout ce qui leur tombait sous la main pour tuer : haches, pioches, marteaux ou machettes. Et pire encore, ils se servaient des branches aiguisées comme des dents de requin du palmier à sucre pour égorger leurs victimes.

A la fin du régime des Khmers  rouges on y a découvert 129 fosses communes avec des milliers de cadavres. A chaque saison de pluie os ou vêtements remontent encore à la surface. Aujourd'hui, Choeung Ek est un mémorial avec au centre un stupa bouddhiste dans lequel sont conservés plus de 5000 crânes humains plus des ossements rangés par catégories sur plus de 14 étages. Pour les bouddhistes il est très important d'honorer les restes mortels de leurs chers. Cet endroit leur permet de le faire sans pathos ni mauvais goût.


politiqueNous nous promenons en silence avec nos audioguides autour du coup. Une brise agréable secoue les branches des arbres et nous amène les rires joyeux d'enfants qui jouent dans une cour d'école juste en face. Un gardien se repose dans son hamac pendant que quelques coqs font la course à travers le terrain. Tout à l'air si paisible et si harmonieux.  

Nous empruntons un sentier qui contourne un petit lac. Les fleurs des nénuphars qui recouvrent sa surface sont encore fermés. L'audioguide propose une musique composée par une Cambodgienne en souvenir du génocide et je laisse mes pensées vagabonder. Comment est-ce possible que l'être humain puisse montrer une telle cruauté par rapport à ses semblables? Me revient à l'esprit un livre de Konrad Lorenz sur l'agressivité. Chez les animaux ayant des griffes, dents ou d'autres armes naturelles, un réflex inné les arrête au moment où le perdant se soumet. Pensez par exemple au loup qui offre sa gorge au vainqueur. Puisque l'homme (ou la femme) ne possède pas d'armes naturelles, nous n'avons pas non plus ce réflexe. C'est la religion ou l'éthique qui nous dictent les règles de la sauvegarde de vie. Mais quand la religion devient l'opium du peuple, plus rien ne nous arrête.

politiqueNous écoutons les témoignages de quelques survivants. Puis nous apprenons avec étonnement que les Khmers rouges ont siégés à l'ONU jusqu'en 1997 en tant que représentants officiels du Cambodge. Ah bon??? Les grandes puissances comme les Etats-Unis, l'Angleterre, la France et l'Allemagne ne reconnaissaient pas le gouvernement mis en place par les Vietnamiens en 1979. Et bien bravo notre belle démocratie!

Nous en avons assez des atrocités et mettons fin à notre visite. Monsieur Tom nous attend devant un bistro et nous l'invitons à boire un verre avec nous. Les discussions reprennent. Nous commençons par les Khmers rouges et arrivons vite à la situation politique actuelle. Monsieur Tom est inquiet. En vue des élections prévues pour 2018, le gouvernement a récemment dissout les partis de l'opposition. On s'attendait à des émeutes, et pendant plusieurs jours l'armée était omniprésente en ville. Mais personne n'a bougé le petit doigt. La vie continue comme si de rien n'était.

La Chine vient d'interdire Facebook, Twitter et bientôt aussi Skype, et le Cambodge pourrait bien suivre cet exemple. Déjà le premier ministre Hun Sen interdit chaque critique de sa personne sur Facebook. Et si la même chose arrivait chez nous? Notre monde si relié pourrait vite se rétrécir. Y aurait-il des émeutes pour récupérer notre liberté d'expression? Déjà on essaie de limiter l'accès à l'internet avec l'excuse de la menace terroriste. Nous qui croyons vivre dans une démocratie libre, le sont-nous véritablement?

Au Cambodge il n'y aura bientôt plus qu'une seule version officielle dans les nouvelles. Les Phnom Penhois ont encore accès à d'autres sources d'informations, mais pas les gens à la campagne. Mais est-ce mieux chez nous? Qui contrôle nos agences de presse et les informations qu'on nous sert au téléjournal? Ne vivons-nous pas dans une ère de pain et de jeux pour garder le peuple tranquille? 

La visite et nos discussions me laissent pensives pour le restant de la journée.

 

 

 

16:48 Publié dans Cambodge | Tags : politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | |

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