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30/11/2017

La fin approche

orphelinatCe matin je me suis réveillée avec une perturbation intestinale et j'ai dû sortir la pauvre Marie en urgence de sa douche, toute savonnée qu'elle était. Sauvée in extremis... Heureusement que les crampes se sont estampées par la suite. Il ne me manquait plus qu'une bonne tourista avant le départ.

Quand nous tirons les rideaux le ciel est bleu et sans nuages, et nous savons tout de suite qu'il va faire chaud aujourd'hui.


Comme prévu, Juana nous a rejoint à nouveau ce matin pour aller à l'orphelinat. J'adore quand elle est là, parce qu'elle connaît pleins de gens et aussi leurs histoires de vie, souvent très mouvementées.

orphelinatUn groupe de jeunes garçons vient la saluer. A part un seul, je les connais depuis mon premier séjour en 2010. C'est incroyable de voir combien ils ont grandis. Le perron est occupé par le groupe des grands et tout le monde me réclame des ballons gonflables. C'est ce qu'on appelle être victime de son succès...

Heureusement que Juana soit venue en renfort, car avec Nimol en arrêt de maladie nous ne chômons pas pour la matinée piscine. Nous commençons agréablement avec seulement 15 enfants, mais pendant le nourrissage d'autres enfants arrivent comme par magie, soit de la physio ou de je ne sais pas où. Chaque fois que je me retourne il y en a un en plus. Pendant que les premiers enfants finissent leur bain, nous sommes toujours avec nos bols et cuillères à remplir les bouches et estomacs de nos petits protégés. Ce n'est que vers la fin de la baignade que je peux sortir pour aider à ramener quelques grands enfants à l'intérieur pour les sécher et poudrer. Pouh! Je ne sais pas comment font les mamans avec ce travail quotidien très physique. De mon côté mes épaules rêvent déjà du prochain massage.

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A midi nous avons une grande tablée (façon de parler, car ici nous mangeons par terre) avec plusieurs des mamans et le médecin assistant du centre. Chacune des mamans apporte de la nourriture, mais nous préférons de loin la cuisine de Touch Kong, la maman de Nimol, qui a préparé un délicieux plat avec tomates, ananas, oignons et viande. Autrement au menu une soupe de poisson dont l'aspect visuel ne nous attire guère et des légumes crus que les Cambodgiens trempent dans un sauce de poisson. Avec mon petit problème de ce matin j'ai une bonne excuse pour échapper aux découvertes culinaires incertaines et je me concentre sur le riz blanc.

Les femmes sont visiblement heureuses de pouvoir papoter avec Juana, et on demande des nouvelles des unes et des autres. Juana parle le Khmer et peut communiquer avec elles. Puis les femmes nous chassent gentiment pour que nous fassions notre sieste dans le parc. C'est incroyable comme elles connaissent chacun de nos gestes et actes. Une d'elles me félicite parce que je dors à midi tant dis qu'elle gronde Marie qui joue au Sudoku pendant ce temps. Rien ne leur échappe et tout est sujet de conversation.

Juana raconte à Marie l'histoire de la pire volontaire qu'il y ait jamais eu dans ce lieu. Je me souviens d'elle, car elle était arrivée pendant un de mes séjours. Une fille australienne, tatouée de la tête au pieds et qui ne collait pas très bien avec le décor. Mais on ne devrait pas juger par des apparences, n'est-ce pas? Très vite les femmes s'étaient plaintes qu'elle ne les aidait pas. Jamais elle ne changeait une couche ou participait à une des corvées. Par contre elle écrivait souvent et beaucoup dans un petit carnet. Je vous épargne le détail, mais la fin de l'histoire n'est vraiment pas belle. Cette fille a écrit des lettres à tous les sponsors de l'orphelinat pour leur dire quel endroit horrible c'était et qu'ils devaient arrêter de le subventionner. Elle a également écrit au ministère des affaires sociales avec le même son de cloche. Heureusement au ministère ils connaissent bien l'orphelinat, et l'affaire a pu être réglée sans trop de dommages. Mais jusqu'aujourd'hui personne ne sait quel était le but de tout cela. Arrêter les subventions pour la physio, les groupes de jeux, la nourriture etc. égale à signer un arrêt de mort pour les enfants. Sans stimulation ils deviendront rapidement apathiques, tomberont malades et se laisseront mourir.

orphelinatLe soir Marie et moi discutons encore de cette histoire. Il est vrai que beaucoup de volontaires ont de la peine à s'acclimater et d'oublier leurs standards "civilisés". L'hygiène ici n'est certainement pas la même que chez nous, et pourtant ils ont fait de gros progrès. Mais il faut regarder avec le cœur pour voir la vraie beauté de cet endroit. Pour ma part le centre m'a enseigné beaucoup d'humilité. D'abord par les enfants eux mêmes. On ne sait jamais ce qu'on va recevoir en retour, alors pour apprendre à donner sans attente je ne vous dis pas! Par contre quand vous recevez une réaction ou un sourire inattendu, c'est le plus beau cadeau que l'on puisse nous faire! Finalement nous sommes chaque jour témoin de cette incroyable solidarité qui nous éblouit toujours autant. Les enfants un peu mieux lotis s'occupent des autres en poussant leurs chaises ou en leur donnant le biberon. Aujourd'hui une fille de sept ans, fille ou petite-fille d'une des mamans, n'a pas arrêté de nous aider sans qu'on le lui demande, toujours avec le sourire et une incroyable gentillesse.

J'ai également appris ici à laisser de côté certains jugements où je croyais typiquement avant de tout savoir mieux. Je me souviens très bien encore de mon premier séjour où je plaignais ces pauvres enfants qui mangeaient la même bouillie trois fois par jour. Ce n'est qu'après un certain temps que j'ai pu comprendre et admettre qu'ils aimaient cette bouillie et qu'ils ne voulaient pas autre chose. A l'inverse les Cambodgiens s'étonnent comment nous pouvons survivre sans manger du riz à tous les repas.

La règle d'or ici est d'abord d'observer et de respecter ce que nous trouvons. Plus tard, petit à petit, on peut commencer à y mettre son propre grain de sel. Cela s'applique à l'orphelinat mais aussi à pleins d'ONGs. J'ai rencontrés des gens avec de magnifiques projets qui auraient certainement pu très bien fonctionner en Europe -mais pas ici. Parce qu'on n'a pas pris en compte la spécificité du pays au lieu de faire un copie coller des solutions qui fonctionnent chez nous. Et à chaque fois les déceptions sont grandes. Vivre au Cambodge a certainement pleins de bons comme de mauvais côtés. Ce qu'il faut surtout savoir et retenir est qu'ici les cartes ont d'autres valeurs et que les règles de jeu sont différents.

 

 

16:34 Publié dans Cambodge | Tags : orphelinat | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | |

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