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28/11/2018

Destins de femmes

orphelinatIl a encore plu pendant toute la nuit, mais ce matin le ciel était déjà bleu et les nuages se sont vite dissipés. C’est la première fois que nous avons autant de pluie à cette période. Normalement la saison des pluies devrait être terminée. Marie a perdu sa chemise de nuit qu’elle avait laissée accrochée à l’extérieur de la fenêtre quand nous sommes parties dîner. Une rafale de vent a dû la faire tomber sur le toit en bas. Impossible de la récupérer. Va falloir faire un petit tour au marché pour la remplacer. Heureusement ce n’est pas le choix qui manque.

Nous allons prendre notre café matinal en face et nous amusons de leur publicité pour la cuisine traditionnelle khmère avec un plat the spaghetti bolognaise sur l’affiche. Ah bon ?


orphelinatArrivées à l’orphelinat nous sommes accueillies par quelques élèves d’une nouvelle classe qu’ils viennent de créer. Ils nous réclament nos chansons fétiches : Aramsamsam et la Tante du Maroc. A défaut de l’être ailleurs, ici je suis une vraie star de la chanson avec deux tubes qui restent en haut du classement depuis huit ans déjà. C’est surtout une fille mongole qui connaît tous les gestes et les onomatopées qui accompagnent la musique. Cette nouvelle classe se situe au rez-de-chaussée attenant l’infirmerie. Elle est devenue nécessaire car l’école normale est souvent trop difficile pour ces enfants tandis que les groupes de jeux ne les sollicitaient pas suffisamment. La salle est équipée de bancs d’école que l’on peut repousser en cas de besoin pour faire des jeux. Une vraie institutrice fait équipe avec Srey Roath, une des mamans qui s’occupait de l’autre salle de jeux auparavant. Les deux sont complémentaires, car l’institutrice est parfois trop exigeante par rapport aux capacités des enfants tandis que Srey Roath est excellente pour animer des jeux et apporter de la bonne humeur. Je la connais depuis 2010 et ai toujours admiré son entrain. Mais cette année elle semble fatiguée et lasse. Nous enquêtons auprès de la coordinatrice Punnary qui parle anglais et qui nous explique que Srey Roath travaille aussi la nuit. Elle s’est apparemment fait rouler dans des affaires par quelqu’un extérieur à l’orphelinat et a contracté beaucoup de dettes.

Les femmes ici travaillent tellement dur pour seulement un petit salaire et toutes essayent pas seulement de faire vivre leurs petites familles, elles veulent également que la vie de leurs enfants soit meilleure que la leur.

Quand nous arrivons finalement à notre étage il n’y a que 15 enfants dans la salle. Comme c’est agréable ! Nous rejoignons les deux mamans déjà en action pour distribuer un bon yoghourt aux fruits frais de la passion. La plupart des enfants s’en lèche les babines, mais quelques uns font la fine bouche et serrent les lèvres ostensiblement. « Non merci, je n’aime pas ça. » Au moins le message est clair. Je m’étonne que Sok Nea n’en veuille pas. Normalement elle mange de tout avec bon appétit. Mais Nimol m’explique qu’elle est malade.

orphelinatJe nourris la petite Osampea aux yeux de billes qui rient la plupart du temps. Elle s’est beaucoup allongée depuis l’année dernière et je me demande quel âge elle a maintenant. Il me semble que l’année dernière elle ne buvait que des biberons – avec beaucoup de difficulté. Cette année elle mange comme les autres, sauf que sa spécificité sont les bulles. Elle ouvre grand la bouche et une fois que la nourriture est entrée, elle l’a fait ressortir en faisant des bulles. Mon T-shirt bleu moucheté de taches blanches en témoigne.

A midi nous nous retrouvons avec toute une ribambelle d’enfants dehors dans le parc et Nimol et Mey Wen viennent nous servir notre repas.  Maire et moi nous regardons avec déception. Mais qu’est-ce qui s’est passé qu’on ne mange plus avec les autres ? C’est encore Punnary qui vient nous éclaircir à ce sujet. La famille de Nimol a déménagé dans d’autres locaux qui sont trop étroits pour nous abriter, et la salle où nous mangions autrefois est maintenant occupée par une autre famille. Nous comprenons mieux. Les femmes restent à peine quelque temps avec nous qu’elles doivent déjà repartir pour préparer leurs enfants pour l’école. Nous nous sentons vraiment comme des petites princesses ici.

En partant le soir Nimol nous montre son nouveau logement : 3 - 4 m2 à côté de la petite loge du gardien pour une famille de 5 personnes, sur du béton brut avec un toit en tôle ondulée. Je ne suis pas sûre que cela soit étanche à la pluie éparse. Au mur un agrandissement encadré d'une photo de famille avec moi que nous avions prise il y a quelques années, quelques autres photos des enfants et un diplôme du fils Nadar. Nimol est toute contente de son espace où elle ne sera plus dérangée la nuit par les cris des enfants qui se réveillent. Moi je regarde cela avec mes yeux d'Européenne et cela me poursuit encore pendant toute la soirée. Vraiment, nous  ne savons pas la chance que nous avons!

 

 

14:49 Publié dans Cambodge | Tags : orphelinat | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | |

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