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Le chemin est le bonheur

kampot,poivreCe matin nous avions prévu une grasse matinée jusqu’à 7h15. En fait, le doux frottement d’un balai sur les dalles me réveille avant l’heure. Dehors les oiseaux chantent. Ou disons plutôt qu’ils nous font un concert de percussion car leur chant est assez monocorde et répétitif. Il y en a un qui a réglé son métronome sur 80 et cela fait ploucploucploucploucploucplouc tandis qu’un autre chante à une cadence nettement plus lente. De temps en temps on entend le vrombissement d’une moto qui passe. Comparé aux bruits de démolition à Phnom Penh c’est vraiment le paradis ! En tirant les rideaux je vois deux poules - une blanche, une brune – qui se promènent sur l’herbe en recherche de délicatesses.

Après notre douche nous en faisons de même. L’espace du petit déjeuner est face à la mer et on nous sert un pain au chocolat et un croissant avec une salade de fruits frais, du bon pain et des œufs au plat. Franchement, cela pourrait être pire !

Voilà ce que dit Wikipédia sur Kep : Kep ou Kep-sur-Mer au temps du protectorat est une municipalité du Cambodge ayant le statut de province. Kep, qui est située à quelques kilomètres de Ha Tien, la frontière avec le Vietnam, était autrefois la ville côtière la plus populaire et la plus prestigieuse du Cambodge, mais a connu des jours difficiles à une époque récente. Du début des années 1900 jusqu’aux années 1960, Kep était une ville de villégiature florissante pour l’élite française et cambodgienne. Pendant la période des Khmers rouges, beaucoup de maisons et villas coloniales françaises de Kep ont été détruites. Beaucoup de villas de Kep sont abandonnées, mais une partie de la splendeur ancienne de la ville est toujours apparente.

Quelques-unes de ces villas en ruines se situent juste à côté de notre hôtel et il est vrai qu’elles ont dû être magnifiques. Nous allons nous assoir sur un banc en bord de mer et contemplons les bateaux des pêcheurs. C’est là que notre chauffeur de tuktuk pour la journée vient nous trouver pour une excursion dans une plantation de poivre. Nous repartons sur la belle route lisse en direction de Kampot. On voit bien que la ville de Kep n’est pas pauvre, car la 2 x 2 voies, plus une voie pour tuktuks et motos est impeccable.

kampot,poivrePuis nous quittons la route principale pour emprunter encore une fois un chemin cahoteux. Quand je pense qu’il y a des gens qui paient pour se muscler avec du Powerplate – ici c’est tout gratuit pour nous !

kampot,poivreNous longeons des rizières où les paysans ont commencé la récolte. La lumière est douce et une brise légère nous caresse la peau. Je me dis qu’à chaque fois que j’ai visité un endroit fameux du tourisme, comme les temples d’Angkor ou la baie d’Along, j’étais déçue parce qu’on voit tout cela tellement mieux à la télé. Mais alors qu’est-ce que j’adore ces balades à la campagne en tuktuk ou à moto où il n’y a rien de spectaculaire à voir. Pourtant nous sommes émerveillées par toute cette beauté tranquille qui nous entoure.

kampot,poivreNous traversons le rail du chemin de fer qui mène de Phnom Penh à Sihanoukville, en passant par Kampot et Takéo.

kampot,poivreNotre conducteur nous arrête au lac secret. Je lui demande « Pourquoi secret ? » Nous apprenons alors que ce lac, pas si secret que ça, a été creusé à la main par des villageois pendant le régime des Khmers Rouge pour en faire une réserve d’eau. Vu l’immensité du lac cela nous laisse perplexe car bien des hommes et des femmes ont dû y laisser leur vie. Pour beaucoup des villageois les âmes des défunts résident encore dans l’eau du lac et ils ne vont donc pas utiliser son eau, même en période de sécheresse.

kampot,poivreNous poursuivons notre trajet en direction de La Plantation, gérée depuis cinq ans par un couple de retraités franco-belges tombés amoureux de cet endroit. Il est vrai que c’est un lieu sublime. Leur projet de développement durable n’inclut pas seulement la production de poivre, mais également d’autres épices, des mangues, de bananes, de fruits du dragon, etc. La plantation emploie 150 personnes sur une base régulière qui sont logées, blanchies et nourries, plus une centaine de travailleurs pour la saison de la récolte. Ils financent également l'école communale afin que les enfants puissent avoir des cours pendants toute la journée. Des tours guidés gratuits sont proposés en anglais, français et khmer. Mais avant la vraie visite de la plantation on nous propose de faire un tour en charrette de buffles d'eau.

kampot,poivreNous voilà donc partis avec deux enseignants Khmers et une autre Française à vitesse 2 bœufs en direction du lac. Le bouvier émet de temps à autre des petits grognements pour communiquer avec ses bêtes pendant que nous sommes balancés de droite à gauche dans notre petit véhicule en bois. A côté de moi se trouve un jerrican en plastic rempli d’eau et je me demande à quoi cela peut bien servir. Je le saurai après une trentaine de minutes quand le bouvier sort une espèce de pistolet pour arroser les deux bêtes. Cela leur donne du courage pour continuer.

kampot,poivreDe temps en temps une vache nous barre le chemin, genre « Tu ne passeras pas ! », mais à chaque fois elle s’écarte quand nous nous approchons, pensant certainement qu’elle ne fera pas le poids contre deux buffles d'eau. Une grue blanche s’élève dans les airs et marque un demi-cercle majestueux. Notre véhicule s’approche de l’eau et les bêtes y entrent, visiblement heureuses. Elles avancent jusqu’à ce que le plancher de notre carriole soit inondé, puis leurs têtes plongent pendant un long moment sous l’eau. A proximité s’étalent des tapis de nénuphars et de petites fleurs jaunes. C’est sublime !

kampot,poivreAprès cinq minutes de bonheur pour les buffles c’est déjà l’heure de rentrer. Tout ce chemin pour peu de plaisir ! Comme pour les consoler, notre bouvier se met à chanter. C’est une mélodie douce et languissante comme souvent dans la musique Khmère. Nous sommes tous sous le charme. Quel moment de bonheur.

Ensuite notre guide nous explique les secrets de la production de poivre et on comprend très vite pourquoi c’est cher.

kampot,poivreLe Poivre de Kampot bénéficie d’une renommée mondiale. Bordé par la mer, le terroir du poivre de Kampot bénéficie d’un climat exceptionnel tant au niveau de l’ensoleillement, de la brise de mer, de la qualité de la terre et des précipitations pendant la saison des pluies. Au 13ème siècle des chinois planteurs de poivre arrivent dans la région. A la fin du 19ème siècle et début du 20ème siècle, les français vont développer et intensifier cette culture. Puis arrive la guerre civile des années 1970 et l’abandon de la culture du poivre. Ce n’est que dans les années 2000 qu’on commence à faire renaître des plantations selon les méthodes ancestrales.

kampot,poivreMonsieur Kim, notre guide francophone, nous explique que le poivre est une liane qui s'accroche le long des tuteurs de quatre mètres. La plante est délicate dans ses premières années, mais peut vivre et produire pendant 40 ans. Le poivre vert, rouge, blanc et noir vient du même plant. Tout dépend à quel moment de maturation on récolte le grain. Pour le poivre rouge par exemple, les grains sont récoltés un par un à la main au fur et à mesure qu'ils arrivent à maturation. 

Pour clôturer la visite, nous avons droit à une dégustation de poivre. Quelle idée! En partant par le poivre vert salé qui est le moins fort, Monsieur Kim nous emmène dans un voyage gustatif assez spécial et très intéressant. Ainsi mis en appétit, nous nous offrons encore le déjeuner dans ce bel endroit avant de rentrer à Kep.

Encore une belle journée de vacances!

 

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