UA-70828429-1 UA-70828429-1

11/12/2018

Dernière semaine

orphelinatAprès le calme de Kep le bruit de Phnom Penh nous a hélas rattrapé. Les travaux de démolition ont repris cette nuit de plus belle. Pourtant, je ne sais pas ce qu’ils peuvent encore démolir vu que la maison est entièrement détruite.

Nous sommes accueillies en arrivant par une délégation de la nouvelle classe qui nous réclame du Aramsamsam.  Alors avant de faire quoi que ce soit d’autre nous devons chanter. Les deux petits garçons Somnang et Veasna nous suivent bien avec les gestes, tout autant que deux enfants avec le syndrome de Down. Les autres observent le spectacle avec un grand sourire depuis leurs chaises roulantes.


orphelinatAujourd’hui Veasna fête ses trois ans, et l'anniversaire de son copain Somnang sera dans deux jours. Nous leur chantons Happy Birthday et ils adorent l'attention que l'on leur porte. Les deux avaient été abandonnés âgés seulement de quelques semaines avant d'arriver à l'orphelinat au seuil de la mort. Depuis ils grandissent ici comme des frères. Ils n’ont pas de handicap et sont adoptables, mais seulement jusqu’à un certain âge. S’ils ne trouvent pas une nouvelle famille d'ici là l’orphelinat restera leur maison jusqu'à leur majorité, avec plein de mamans qui les aiment de tout cœur.

orphelinatDans notre chambre les mamans ont accueilli deux nouveaux bébés, l’un avec seulement quelques semaines. Il est minuscule et dort la plupart de la journée. Aujourd’hui Touch Kong l’a sorti en promenade dans le parc et les mamans ont vite accouru pour l’admirer. Une chose est sûre: ici les enfants sont aimés et choyés, peut-être pas toujours selon nos critères occidentaux, mais finalement nous vivons bien en Asie.

Nimol nous souhaite la bienvenue en nous rappelant que c'est notre dernière semaine et en comptant les jours. Merci, on ne veut pas le savoir! Nous attendons pendant toute une longue année de pouvoir venir, et puis les trois semaines passent comme dans un battement de paupière. Mais en attendant nous préférons vivre le moment présent et profiter de chaque instant!

Le mardi notre groupe passe la matinée dans le parc où nous pouvons côtoyer les enfants des autres groupes à notre guise. Grâce à la nouvelle rampe Marie et moi nous sentons beaucoup plus intégrées dans la vie générale de l’orphelinat et nous pouvons aussi créer des liens avec les autres enfants. Et surtout nous sommes aux premières loges pour tout ce qui se passe en bas.

orphelinatLes grands enfants de la Rabbit School sont tous sur le perron et très excités. Une riche école internationale à proximité de l'orphelinat a fait don de trois vélos et les enfants s’entraînent à pédaler sous les acclamations générales. Quelques un y arrivent très bien tandis que d’autres manquent encore de coordination. En tout cas, c’est un superbe moyen pour eux de s’entrainer et peut-être aussi pour devenir un peu plus autonomes. Un des volontaires suggères que peut-être l'un ou l'autre pourrait venir seul à l'école en vélo au lieu de se faire conduire par les parents. Je reste un peu dubitative à ce sujet.

orphelinatPuis arrive encore une petite caravane de fauteuils roulants flambant neufs pour les grands. C’est noël avant noël. En début d'après-midi on nous fait signe de descendre trois des grandes filles. On ne comprend pas très bien si c'est pour aller à la physio ou si c'est pour faire autre chose. En fait, elles doivent essayer les nouvelles chaises roulantes qui sont encore plus grandes et cossues que  celles que les enfants ont maintenant. Quand je regarde les longues jambes de Chanda, Sara et Sok Niah qui ont le privilège de les essayer, je me dis qu'elles seront très bien dans leurs nouveaux véhicules. Mais après l'essai, et son témoignage par une photo, nous devons les remettre dans leurs anciens fauteuils. Apparemment c'est pour montrer aux donateurs que les chaises vont bien afin qu'ils puissent en envoyer encore d'autres. Une dame nous explique qu'une fois l'entièreté des chaises reçues on les changera pour tous les enfants. Je ne suis pas sûre de bien comprendre ni le procédé ni le raisonnement, surtout puisqu il y a toujours des pertes dans la traduction, mais bon, de toute façon on nous ne demande pas notre avis.

En début d'après-midi arrive un couple en tuktuk avec une cargaison de dons : deux grands sacs de riz, des bouteilles d'eau, quelques canettes de soda et un carton que je n'arrive pas à identifier. Heureusement que la population fait ces gestes de solidarité, car si l'orphelinat  (qui est une institution d'Etat) ne devait compter que sur le gouvernement il serait mal loti! 

Nous avions donné de l'argent à Punnary pour acheter des couches. Comme il ne restait plus de lait en poudre pour les bébés, elle a réparti l'argent différemment et nous explique son raisonnement. Je lui demande aussi combien coûterait la réparation des deux lavabos au premier étage. Quand on se lave les mains, l'eau ne part pas dans la canalisation mais s'étale par terre parce qu'il n'y a plus de syphon. Quand je pense que le bâtiment a à peine 10 ans, les artisans y ont vraiment fait un travail de cochon, surtout pour la plomberie! J'espère qu'elle pourra me dire le prix avant de partir et que cela ne coûtera pas trop cher. Si jamais un plombier lit ce billet et qu'il a envie de voyager, il y aurait assez à faire pour lui dans cet endroit!

orphelinatNous avons récupéré une troisième maman dans notre groupe qui avait fait des remplacements à la physio pendant nos deux premières semaines. Elle ne nous avait pas manquée, car ce n'est pas la maman que nous préférons. Les autres années nous l'avions trouvé plus préoccupée par sa petite personne que par les enfants. Mais aujourd'hui elle avait le mérite de tout laver par terre, de faire la vaisselle et même de faire quelques gestes de massage aux enfants. Tant mieux! Peut-être qu'elle s'est améliorée depuis l'année dernière.

L'après-midi le ciel se couvre et un vent très agréable se lève. Il ne pleuvra que quelques gouttes isolées, mais la fraîcheur est vraiment bienvenue. Nimol essaye de nous apprendre les noms des jours en Khmer. Marie arrive vraiment bien à les retenir - contrairement à moi. En tout cas, c'est encore une occasion en or pour les mamans de se marrer à nos frais, et nous rions avec elles de bon cœur.

orphelinatEn rentrant nous voyons un vieux couple installé au bord de la route à un carrefour très fréquenté. Lui est couché dans une espèce de charrette et elle a son fauteuil roulant à proximité, mais arrive à se déplacer. Il n'existe ni de sécurité sociale ni de prévention vieillesse dans ce pays et les deux vieillards sont à la merci des gens qui leur glissent quelques petits billets. Le Monsieur est dans un piètre état. A rester ainsi dans la pollution des pots d'échappement ne contribuera certainement pas à prolonger son espérance de vie.

 

 

 

 

 

 

15:50 Publié dans Cambodge | Tags : orphelinat | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Merci pour tous ces récits épatants ! Nous avons l impression de voyager avec toi! Bravo Beate tu es admirable ainsi que toutes les mamans qui s occupent de ces enfants !
A tout bientôt !!

Écrit par : Athina | 11/12/2018

En vous lisant j'ai l'impression d'y être. Il ne manque qu'un gros coup de moiteur et une brassée d'odeurs.

Je rejoins Athina: quelles jolies chroniques de l'orphelinat et du Cambodge, proche des gens, de leur quotidien. Merci pour ce soin mis à nous conter les mille détails minuscules ou énormes de la vie des enfants et des adultes.

Écrit par : hommelibre | 13/12/2018

Les commentaires sont fermés.