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13/12/2018

Nostalgie

P1060137.JPGCe matin il fait agréablement frais avec le petit vent typique pour la saison froide. Si seulement il pouvait souffler tous les jours 

A l’orphelinat c’est la journée de baignade. Quelques enfants en sont ravis et d’autres moins. Quand je veux déshabiller la petite autiste Sara une des mamans me fait comprendre qu’elle a ses règles et qu’elle n’irait donc pas dans l’eau. Je sais qu’elle doit avoir 16 ans, mais cela fait bizarre quand même de me dire que ces filles dépendantes en tout, qui ressemblent en taille à des jeunes enfants, sont biologiquement des femmes. Sara passera l'après-midi au lit à dormir.


orphelinatPunnary est allé au marché acheter des bananes pour le goûter. Notre rythme habituel se trouve donc un peu changé, car il faudrait ensuite encore patienter qu'une bonne âme prépare la délicieuse mousse à la banane. Ne pas tous les enfants aiment le goût de banane, pourtant cela a l’air délicieux ! La petite Kanha, par contre, ne renâcle pas de finir les restes des autres. 

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En attendant je pars faire un tour avec Sambo qui est de bonne humeur. D'autant plus que Rina, la cadette de Nimol, se joint à nous pour pousser le fauteuil. Du haut de ses quatre ans elle arrive à peine à regarder par-dessus, mais elle se comporte comme une grande. Cela fait beaucoup rire Sambo.

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L’ambiance commence à sentir le départ et j'essaie de prendre un petit peu de temps avec les enfants qui me tiennent particulièrement à cœur.

Les physios Australiens terminent leur séjour également demain et les mamans  réclament  des photos avec les uns et les autres. Les enfants viennent également me demander de les prendre en photo, comme s'ils sentaient que bientôt je ne serai plus parmi eux. 

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Je nourris Somnang et me demande si je la reverrai encore l’année prochaine. Elle semble de plus en plus absente, mange à peine et dort la plupart de la journée. Peut-être a-t-elle décidé de s’en aller en douceur rejoindre ses copains qui l’attendent dans l’au-delà. Quoi qui arrivera, je la garderai dans mon cœur, comme tous les autres.

Cet endroit est rempli de souvenirs. J’entends les rires, je vois les visages et je me remémore pleines de petites histoires qui s’y sont passées. Les Khmers n’aiment pas garder ou regarder les photos des défunts. Il semblerait que cela les attache à l'endroit en question au lieu de libérer leur âme. En même temps je vois bien que les mamans se souviennent encore très bien de tous. J’ai aussi une pensée pour une des mamans décédée il y a quelques années quand nous étions là. Je lui avais donné un peu d’argent pour aller à l’hôpital, mais c’était déjà trop tard pour la sauver. Elle vivait avec une orpheline qu’elle avait adopté et qui s'est retrouvée orpheline à nouveau. La directrice l’a gardé et elle travaille maintenant dans la chambre des filles.

orphelinatToutes les deux nous sommes un peu nostalgiques aujourd’hui. A midi nos mamans préférées viennent nous rejoindre avec un jeune homme de 23 ans. Nous apprenons que c’est le fils de May Wen. Normalement il travaille et c’est la première fois que nous faisons sa connaissance. Il parle bien l’anglais et cela facilite la communication.

Puis c’est l’heure de la sieste sur notre banquette dure. Le vent fait chanter la paille du toit et nous berce dans le sommeil. De loin arrivent les petits bruits anodins et pourtant si typiques de cet endroit que nous aimons tant : quelques rires d’enfants qui naissent par ci et par là, le "boum" d'un ballon gonflable qui explose, une porte qui claque dans le vent, quelques pleurs lointains, le klaxon du minibus qui rappelle aux grands enfants que c’est l’heure d’aller à l’école, le flop flop de tongs qui traînent sur le béton, quelques coups de marteaux dans l’immeuble d’en face, le vrombissement d’une moto qui arrive ou qui part, le roucoulement d’un pigeon, un raclement de gorge suivit d’un crachat, le grincement régulier de la balancelle, les pattes légères d’un des petits chiens qui vient nous voir.

Rien de spécial et pourtant très spécial à la fois. Nous savons toutes les deux que ces petits moments de bonheur vont nous manquer!

orphelinatCe soir nous avons rendez-vous au bord de la rivière pour un tour en bateau. C'est avec le groupe de femmes qui se retrouvent tous les jeudis pour chanter. Elles ont apporté un gros piquenique, certainement préparé par Enso Café. Miam. Nous montons tous sur le pont et commençons la sortie en mangeant. La vue sur la berge est toujours aussi belle.

Notre compagnie compte 14 femmes et deux hommes. Après avoir bien dîné (avec même du fromage, mais sans rouge, hélas) le groupe se met en cercle. Malheureusement je n'ai toujours pas de voix pour pouvoir participer, mais écouter les chants simples s'élever dans la nuit est tout aussi beau. Quelqu'un a apporté des fleurs et nous allons célébrer un rituel pour dire au revoir à l'année écoulée et aux choses dont nous ne voulons plus en les jetant dans l'eau. Après un petit intermède de chant, nous nous concentrons sur l'année à venir et tout ce dont nous souhaitons la remplir. A nouveau nous allons faire don de nos pétales à l'eau nourricière qui accueille tout. C'est une belle manière de terminer l'année et notre séjour au Cambodge. 

En rentrant à pied sur les quais je ne peux pas croire que trois semaines se soient déjà écoulées!

 

 

 

 

16:31 Publié dans Cambodge | Tags : orphelinat | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | |

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