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Un lundi un peu fou

Ce matin je me réveille par des pas lourds dans la cage d'escalier. Je ne sais pas quelle heure c'est, mais la ville est encore tranquille à part une moto qui démarre en pétaradant. Au loin j'entends le chant du coq et quelques oiseaux piaffent devant la fenêtre. Petit à petit les sons se densifient avec le lever du jour. Les ouvriers du chantier arrivent en discutant tranquillement, puis c'est le réveil qui se met en marche. Une nouvelle journée débute.

Le lundi est souvent une journée un peu folle pour le trafic. Nous devons parcourir à peu près 500 mètres dans notre rue avant de traverser le boulevard Norodom, une des grandes artères de Phnom Penh. Il suffit que quelque ponte la prenne, par exemple pour se rendre à l'aéroport, et la police bloque tout. Donc cela crée des bouchons pour ceux qui veulent juste traverser. Comme nous ce matin. Aujourd'hui le bouchon commence déjà devant notre hôtel. Au carrefour suivant c'est un peu comme quand Genève croule sous la neige - chacun pour soi et moi d'abord. Et l'anarchie continue ainsi pendant tout le trajet. Normalement les conducteurs sont quand même assez civilisés dans le désordre de la circulation qui règne ici. Mais aujourd'hui je ne sais pas ce qui leur arrive. Ce n'est même pas la pleine lune. Pendant un des arrêts prolongés nous nous trouvons côte à côte avec le petit passager ci-dessus qui se pavane dans sa tenue de superchien sur une glacière posée sur le siège d'un tuktuk. Sa propriétaire tient à nous montrer encore un deuxième spécimen,  mais celui-là n'a pas envie de se faire tirer le portrait.

orphelinatCet après-midi notre chère Nimol reprend son service dans le groupe de jeux après son congé de maternité. L'ambiance change tout de suite avec sa belle énergie et son enthousiasme. Nous en sommes fort heureuses.

orphelinatSon fils Nada fête aujourd'hui ses 9 ans. Il est né lors de mon premier séjour à l'orphelinat et me considère maintenant comme sa deuxième grand-mère. C'est un très gentil garçon qui s'occupe bien de ses soeurs et maintenant aussi du bébé. Il aime étudier, s'applique bien et adore nous montrer ses cahiers très propres. Bon anniversaire, petit bonhomme!

Pour moi c'est aussi la fête aujourd'hui, mais dans un autre sens. Je suis en train de nourrir une de mes petites protégées, quand Rotha, une adorable petite coquine qui adore nous jouer des tours, vient s'assoir sur mes genoux. Normalement je n'ai pas de problème avec ça, mais là je sens une certaine chaleur humide se répandre sur mon pantalon. Elle vient de faire pipi dans sa couche et cela a débordé sur moi. Super! Et voilà que Srey Neang Monkey Girl vient également s'assoir sur mes genoux, genre pour marquer son territoire. Et là je sens également que la couche est mouillée. Youpi!

orphelinatAprès une tournée de couches fraîches pour toutes ces demoiselles, nous allons nous promener dehors avec mon entrejambe plein de pipi et j'espère que le vent le séchera bien vite. Les mamans me font comprendre en rigolant que je devrais peut-être aussi porter des couches. En attendant d'avoir les cuisses au sec je m'entraîne à la marche du canard en marchant avec les jambes bien écartées. Un peu comme la fautive ci-contre qui s'entraîne à pousser le fauteuil roulant.

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Et voici ma copine Naro que je connais depuis deux ans. Quand elle est arrivée dans le centre, elle était dans un piteux état, tout amaigrie. On ne voyait que ses yeux éveillés qui suivaient chaque mouvement. Mais depuis elle s'est bien remplumée. Elle mange avec bon appétit, sauf que sa spasticité lui joue parfois des tours et l'empêche d'avaler comme il faut. Tout son petit corps se raidit alors et elle n'arrive plus à déglutir. Comme chez bon nombre des enfants en ce moment, ses bronches sont bien prises et j'essaie de la soulager un peu en lui faisant de l'énergie.

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Et voici à droite la petite Osampea aux yeux magnifiques qui fait des bulles en mangeant. Ce matin j'étais partie pour nourrir un autre enfant, mais elle me regardait avec ses beaux yeux implorants, la bouche grande ouverte - alors j'ai craqué. Pendant que ja la nourissais, Naro ne me perdait pas des yeux et ouvrait la bouche en même temps qu'Osampea comme si elle voulait me signaler "Si ma copine ne mange pas tout, je veux bien me sacrifier à sa place." Et quand la coquine Rotha commençait à tirer sur mon chemisier en dénudant mon épaule, Naro se tordait de rire.

Qui a pu croire qu'un orphelinat avec des enfants aux besoins spéciaux puisse être un endroit morne et triste? Ici c'est l'aventure tous les jours et les occasions pour rire ne manquent pas.

 

 

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