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Pensées pluvieuses

P1070711.JPGIl pleut et ne pas seulement sur Nantes. En temps normal c'est la période du salon du livre et j'ai constaté dans le passé que la pluie est souvent au rendez-vous. Cela fait du bien à la nature. Les plantes assoiffées boivent avidement chaque goutte de pluie qui tombe. Il était temps. J’aime écouter le bruit des gouttes qui rebondissent sur les feuilles de mon arbre, sur le toit d'une voiture ou un vélux. C'est reposant. Avec quelques degrés en plus ce sera même mieux, car là j'ai froid. Alors je sors les grosses chaussettes et rallume le chauffage.

Après l’explosion des couleurs du printemps la nature a enfilé son manteau vert. C’est incroyable, la multitude de nuances de vert qui existent. Je ne m’en étais jamais rendu compte avant de visiter l’Irlande et ses splendeurs vertes. Les arbustes poussent et s’élargissent à vue d’œil. Bientôt j’aurai le plaisir de sévir avec mon sécateur pour faire un peu de place aux uns et aux autres. Je m’étonne chaque année que le paysagiste qui avait planté ces arbustes il y a cinq ans seulement n’avait pas prévu comment ils allaient grandir. Même chose pour un conifère qu’il a planté coincé entre la clôture, le mur de la maison et d’autres arbres. Le pauvre ne sait pas comment prendre sa place. D’un côté ses copains lui signalent que c’est leur territoire. Alors il se fait tout petit et étend ses branches vers l’autre côté où il me barre l’accès à mon portillon. Cela me fâche un peu, parce que je me dis que ce paysagiste a juste voulu me facturer des plantes sans se soucier de leur survie ou de leur confort.

IMG-20200426-WA0004.jpegA propos de sécateur: Le week-end dernier j’ai craqué. Je me suis coupé les cheveux et suis assez fière du résultat. Ma coiffeuse verra certainement toutes les inégalités, mais pour ma première coupe fait maison ce n’est pas mal du tout. Commentaire de mon fils chéri quand je lui envoie la photo : «On dirait une mamie.» C’est moins par rapport à la coupe que par rapport aux racines blanches qui s’élargissent à vue d’œil. Je les trouve plutôt charmantes dans leur gris argenté uniforme qui sonne le glas à la couleur artificielle. Début d'une nouvelle ère symbolique de ma vie.

Je n’ai pas de problème avec le fait que les années s’accumulent sur le compteur de ma vie. Au contraire. Chaque année supplémentaire est un cadeau. D'ailleurs j'adore fêter mon anniversaire, contrairement à d'autres de mes amis. Mais pour la société je commence à faire partie de la génération «en danger» par rapport au Covid-19. Parce que pour certains ce n’est pas notre condition générale qui compte mais juste notre âge sur le papier. J’en ai discuté récemment avec mes copines qui se rapprochent des 70 ans. Elles sont outrées à l’idée qu’elles devront peut-être rester confinées pendant que le reste de la population pourra jouir de leur liberté retrouvée. Sous le manteau d’une sois disant protection on veut nous couper de la vie. Où est notre libre arbitre avec tout cela ?

Ne devrions nous pas être les seuls responsables de notre vie. C'est à chacun de juger pour soi-même quel risque nous sommes prêts à prendre, car c'est également chacun qui devrait en porter les conséquences. Sauver une vie à tout prix en se privant de tout, même de la compagnie qui nous est la plus chère? Quand je vois les images d'êtres humains seuls qui périssent dans leurs chambres d'hôpital ou d'EMS parce que plus personne n'a le droit de venir les voir, mon cœur se déchire. S'acheter quelques mois de vie en plus à ce prix? Non merci! Depuis notre venue au monde nous avons toutes et tous embarqué pour la même destination finale. Ce sont juste les chemins empruntés qui diffèrent dans leur longueur et leur difficulté. 

J'ai une collègue qui est décédée il y a quelques années, beaucoup trop jeune. C'était une bon vivante qui aimait la nourriture et la fête. Malgré ses problèmes de santé elle ne voulait pas faire de régime. Alors un moment donné son cœur a lâché. Elle avait dit un jour qu'elle voulait mourir en mangeant et en dansant, et c'est plus au moins ce qui lui est arrivé. C'était moche pour ses amis et sa famille, mais pour elle? Quelle belle mort! 

Tant que nous sommes responsables de nos vies nous restons libres. Si nous cédons cette responsabilité à notre famille ou d'autres personnes ou à l'Etat, nous devenons des marionnettes sans volonté. Et voilà encore une autre chose qui me révolte: cacher la gravité d'une maladie à une personne malade pour l'épargner. J'ai le souvenir de mon chef qui ne voulait pas dire à sa mère qu'elle avait le cancer du pancréas et comment je lui ai remonté les bretelles. Plus nous vieillissons, plus les autres semblent croire qu'il faut nous prendre avec des gants de velours ou nous laisser dans l'ignorance. C'est le fait de savoir et puis de décider ce que nous voulons faire qui nous rend le pouvoir sur nous et nos vies. Et si quelqu'un ne veut pas savoir, c'est son choix et c'est bien ainsi. Tant que nous avons le choix, nous ne sommes pas des victimes.

Et moi je choisis de croquer la vie à pleines dents, de rire et de partager des bons moments avec des personnes qui me sont chères. Vive la fin du confinement!

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                                                                          Barbara:  Il pleut sur Nantes

 

 

 

 

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Commentaires

  • Je suis tout à fait de votre avis.
    Il serait triste de vivre juste pour vivre et de ne pas avoir une qualité de vie qui nous semble bonne, ou même suffisante.
    Je suppose que bien vieillir consiste à s'adapter progressivement à ses possibilités physiques et psychiques. Qui sont très différentes selon les personnes. Il n'y a pas de norme.
    C'est pour ça que ces limites d'âge de 65 ou 70 ans sont mal vécues. De nos jours, cela ne correspond pas forcément à un état de fragilité.
    Il faut d'autres critères et donner la possibilité aux personnes " à risque" de se déterminer face au risque potentiel. Et de façon à ce qu'elles ne mettent personne en danger, bien sûr.
    Ainsi, si je décide de prendre le risque pour moi, je ne dois pas entraîner d'autres personnes dans mon aventure.
    En ce moment, il faut penser autant aux autres qu'à soi-même.

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